Deux ans lui ont suffi pour revenir à la tête du foot réunionnais. Plus fort que jamais.

Lorsque le Tribunal de grande instance prononce l’invalidation de son élection à la tête de la LRF le 19 octobre 2014, Yves Ethève passe une sale journée. L’omniprésident du foot pays, honnis autant qu’adulé par ses pairs, ne s’attendait pas à ce que la justice tranche en sa défaveur. « Sonné mais pas KO », le boss déroule une bonne partie de ce mercredi noir l’oreille vissée à son téléphone. « J’ai tenté de convaincre Noël Le Graët de mettre la ligue sous tutelle, le temps qu’une nouvelle élection soit organisée. Pour le bien de notre football, je voulais à tout prix éviter de passer par une administration judiciaire ».

Comme s’il en était encore le chef , Ethève oeuvre en coulisses et tente de sauver l’institution qu’il gouverne à coups de sifflets parfois stridents depuis plus de trente ans. Malgré ce plaidoyer de la dernière chance, le président de la 3F ne suivra pas son homologue réunionnais. Et laissera le vaisseau amiral ultramarin aux mains de civils étrangers à la corporation calfeutrée du ballon rond pays. C’est Elise de Lassardière qui en assurera la direction par intérim. Le cauchemar ne fait que commencer pour Ethève.

Forte de la toute puissance que lui confère sa légitimité judiciaire, la nouvelle patronne de la LRF entend régner sans compromis sur une institution dont on a beaucoup trop parlé dans la presse. Directive et parfois aussi glaciale que la justice dont elle est le résultat besogneux, ses décisions tranchées heurtent les mentalités bonhommes d’une planète foot déstabilisée par tant de froideur. Le bâtisseur haut en couleurs du cinéma de Cambaie sera l’un des premiers à en faire les frais.

Malgré la bénédiction du Comité olympique, la liste à la tête de laquelle il compte se représenter en 2015 est invalidée par celle qui occupe provisoirement son ancien fauteuil. Ethève, à nouveau au tapis en moins de quelques mois, est renvoyé à l’entretien de ses orchidées par de Lassardière. Beaucoup le croient fini. C’est mal, très mal connaître l’homme.

Tandis que Noël Vidot est élu en AG à la tête de la LRF, son prédécesseur prend officiellement du recul vis-à-vis du foot. Absent des stades, il explique aujourd’hui en avoir profiter pour consacrer d’avantage de temps à ses proches et à ses affaires toujours aussi fleurissantes. « Je me suis fait tout seul et j’en suis fier, je ne dois rien à personne. Je suis un travailleur infatigable» lâche cet indéfectible séducteur dont les capacités de travail finissent par lasser ses cadres les plus zélés tout comme ses concurrents les plus chevronnés. A l’image de celui qu’il mène contre le clan Drotkowski dans le cinéma, sa passion première, Ethève est un poids lourd endurci des combats longue durée.

Comment imaginer qu’il n’aurait pas tent é de reconquérir son poste de président de la Ligue réunionnaise de football ? Comment imaginer qu’il allait laisser ses successeurs lui subtiliser une fonction qu’il occupait depuis plus de trente ans ? D’autant moins envisageable que notre homme s’estimait « sali », « traîné dans la boue » et « diffamé » par ceux qu’il a fini par remplacer à la tête de la LRF fin 2016 au terme d’une élection remportée haut la main dès le 1er tour.

Evincé de la scène footeuse locale deux ans plus tôt par la toute petite porte d’un tribunal blafard, Yves Ethève y règne à nouveau plus renforcé et incontesté que jamais.

Texte : Alain Chambat
Photo : Pierre Marchal

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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