Jean-François Auber, dit « Pépète », a façonné sa vie de sportif à travers le football et le cyclisme. L’ancien ailier des Juniors Dionysiens et actuel président d’honneur des Gonflés de la Petite Reine est toujours bon pied, bon œil.

MM. Kichenin, de Fondaumière et Gisèle Tarnus entourent le président d’honneur du CGPR Jran François Auber, dit Pépète.

Nul besoin de triturer la mémoire du presqu’octogénaire : Jean-François Auber a les idées très claires et les souvenirs vivaces. En revanche, il est incapable de vous narrer la genèse de son « ti nom gâté », à savoir « Pépète » : « C’est simple, rigole-t-il. Au petit séminaire de Cilaos, il y avait un certain Daniel Vabois qui vous habillait pour toute votre vie ! » L’ex-chanteur des Jokarys sévissait donc dans les années cinquante au sein de cet établissement qui, de la 7e à la 3e, a façonné plusieurs centaines d’adolescents privilégiés, avec, pour les meilleurs d’entre eux, le prolongement logique à l’unique lycée Leconte-de-Lisle. Ainsi, les Isautier, Pignolet, Lagourgue, Chatel, Repiquet, Maunier, Mangard, Fadhuile (prononcez Fadoïle), Law Son, Lauret, Chane Yock, You Seen, Ah Hone, Tsé Song Fat, Loupy, Sauger, Aubry, Hoareau, Roynet, Montoya, sans parler des Bénard ou Chassagne ont usé leur fond de culotte sur les bancs du séminaire ou égayé les nuits de ses deux immenses dortoirs. Pour les diminutifs, on ne vous citera que Ti Cadine (Christian Anicet), Quatre Pouces (Ah Hone), Cabot de Fond (Paul Mangard), Sans Pressé (Alain Macé) ou encore Ti Salé (monseigneur Aubry, rapport à ses origines saint-leusiennes, lieu de fabrication historique du sel). L’artiste Vabois était donc insatiable…

Abreuvé au latin et au grec des maîtres du clergé, Pépète ne garde guère rancune de la sévérité de l’encadrement et l’austérité des lieux. Pas d’eau chaude, lever aux aurores et chaque jeudi, une balade au pas de course, direction… le Piton des Neiges. « Ça nous a endurcis, c’est certain. A 10 ans, on avait des ailes sous les pieds. A tel point qu’on était au sommet avant 10 heures du matin. Au début, on devait attendre la collation qui n’arrivait que dans l’après-midi. Alors, on a demandé au curé qui nous accompagnait et qui faisait la montée en soutane de pouvoir redescendre dans la foulée à Cilaos et grignoter sur le terrain de tennis. »

Bourbon Club,

véritable sélection militaire

La vie en altitude a sans doute favorisé l’éclosion de l’ailier des Juniors Dionysiens et le numéro 112 du petit séminaire – chaque élève était déterminé par un numéro – s’est mué en footballeur de poche insaisissable. Raoul Erudel présidait à l’époque le club du terrain Saint-Michel et les adversaires des Juniors avaient pour noms Royal Star, Franco, Patriote ou Jeunesse musulmane. L’ailier droit a le parfait souvenir de joutes homériques face aux Moullan, Randera, « Baguette », Issa ou Hassim Patel. « On était les seuls à pouvoir rivaliser avec les gars de la Jeunesse musulmane », souligne-t-il.

Pépète ne compte plus les faits de gloire autour du stade de la Redoute, l’ancienne arène vedette de La Réunion, là où deux CRS suffisaient pour calmer les ardeurs d’une foule immense qui se « fanait » autour d’un terrain sans clôture ni main courante. Jean Moizan et Roger Guichard assuraient les retransmissions à la TSF et M. Paillassard, qui travaillait à Bourbon Lumière, s’occupait de la sono au sommet d’une petite guérite qui abritait aussi les rares journalistes de l’époque. « Je me souviens en particulier d’un tournoi où une équipe de Chinois de Chine était invitée, c’était en 1957. Les matches étaient prévus sur une semaine, le dimanche, le jeudi et le dimanche suivant. Il y avait des spectateurs partout. A l’époque, il n’y avait pas de télé. Les gens ne sortaient qu’au cinéma et aux matches de foot. »

Le Club des Gonflés de la Petite Reine, familial et convivial

Durant son service militaire, Pépère échappe à la guerre d’Algérie grâce au ballon rond. « On faisait vingt-sept mois, comme tout le monde, mais les footballeurs étaient des privilégiés. On allait à Madagascar, c’est tout. » C’était le temps du Bourbon Club, véritable sélection militaire, cajolée par les huiles qui en faisaient leur chasse gardée. « On n’était pas soumis aux corvées, on était cantonnés dans les bureaux. De fait, on était au top et on battait des équipes comme la Patriote, l’équipe des « blancs ». On ne pouvait pas se plaindre. » Jean-François Auber terminera sa carrière de footballeur en 1977 au poste de demi-centre. Entretemps, ce sont les services de l’Equipement  qui le sollicitent pour une vie professionnelle qui lui ouvre de nouveaux horizons.

Jean-François Auber, dit « Pépète », président d’honneur des Gonflés de la Petite Reine.

A la même époque en effet, Roland de Fondaumière et son frère Max s’associent avec lui pour porter sur les fonts baptismaux le club cyclotouriste des Gonflés de la Petite Reine (CGPR) dont le premier président est Roger Banet et le président d’honneur Raphaël Chan Nam. Conseillée par Alain Tarnus, qui vient d’arriver sur l’île et se licencie au VCR (Vélo Club Réunionnais), l’association attire une vingtaine de membres dans un cadre familial, presque dilettante. « Il n’y avait et il n’y a toujours aucun esprit de compétition, abondent dans le même élan Gisèle Tarnus, l’actuelle présidente,  et Jean-Marie Kichenin, l’immuable secrétaire depuis les années quatre-vingt. Nous sommes mus par un esprit familial, d’entraide et de camaraderie. »

Pour preuve, le club cyclo, certes habilité par la FFCT à délivrer des brevets 100 et 50 km, cooptent ses membres au terme d’un processus de double parrainage d’une durée d’un an, « afin de mieux nous connaître mutuellement ». Certes, avec l’âge, les Gonflés de la Petite Reine ne s’aventurent plus au Maïdo, au col de Bellevue ou à la Rivière de l’Est comme par le passé, mais le Tour des Roches et la sortie dans l’Est ont été conservés. Pourtant cette année, un tour de l’île en trois étapes – avec arrêts buffet et dortoir à Saint-Pierre et Sainte-Rose – réunira les 26, 27 et 28 juillet une quinzaine de mordus de la fée vélo. De quoi rajeunir notre presqu’octogénaire –  il aura 79 ans en décembre  – et le rassurer sur son état de forme. Le président d’honneur du CGPR a toujours « la socquette légère »…

TEXTE : Jean Baptiste Cadet
PHOTOS : Pierre Marchal

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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