Le directeur technique régional de football Jean-Marc Nobilo est revenu sur une île à laquelle il doit une bonne partie de son savoir-faire. Le Tampon, le CS Saint-Denis, Le Havre, Auxerre, l’Afrique, l’Asie jalonnent un parcours riche et exemplaire.

Nous le retrouvons tel qu’il était en janvier 1988, déterminé et enthousiaste, lors de notre première rencontre sur les hauteurs du Tampon, quelques jours avant son entrée en fonction à l’USS Tamponnaise, jeune et ambitieux club de l’élite locale. Jean-Marc Nobilo est de retour sur une île qui a été selon ses propres propos « un terrain d’apprentissage extraordinaire », lui le jeune prof d’EPS – il a alors 27 ans – très honnête joueur de D3 à Hazebrouck, arrivé sur le caillou qu’il connaissait à peine et dont il a très vite appris les codes en matière de management, de communication et de… politique.

Certes, le nouveau directeur technique régional de la ligue de football a pris les quelques kilos de la plénitude et arbore la tignasse grisonnante de la sagesse. Mais il n’a rien perdu de son acuité et de son énergie. Tel qu’il était il y a trente ans, aux plus chauds moments de sa carrière naissante. La frustration d’avoir échoué trois fois pour le titre de champion, à un point ou au goal average. De n’avoir pas pu ouvrir son palmarès face à la Saint-Pierroise de Roger Milla. Il peut cependant se targuer d’avoir mené la première équipe réunionnaise à la victoire sur le continent africain – au Lesotho, en quart de finale de la coupe d’Afrique des clubs champions avec le CS Saint-Denis.

 « J’ai vite appris le métier »

Ces huit premières années dans l’île – entraîneur avec l’USST, le CSSD, la sélection de la Réunion, les U20 et le poste de conseiller technique à la ligue – l’ont endurci. « J’ai vite appris le métier. L’environnement, le public, les médias, les joueurs, la politique… Tout ça m’a construit. Et lorsque je suis arrivé en Ligue 2 puis en Ligue 1, c’est incroyable à dire, mais j’avais tous les codes. Alors faut-il toujours échouer pour réussir ? Moi, je dis non. Je pense qu’on ne doit pas dire que c’est un échec parce qu’après, et en grande partie grâce à cela, j’ai gagné des titres. »

Car les autres années passées à Havre Athlétic Club du président Louvel – « mon club de cœur » -, d’abord entre 1996 et 1999 puis de 2005 à 2010, ont assuré son avenir et sa réputation. Entraîneur des réserves jeunes et seniors, Jean-Marc Nobilo écrit les premières lignes de son palmarès avec une accession de la réserve pro, une finale de la coupe de France avec cette même équipe – battu à Lyon, « le club de référence en matière de formation, de recrutement et de vente de joueurs » – et surtout, en 2008, du titre de champion de France de Ligue 2 et de meilleur entraîneur de Ligue 2.

2008 l’année de tous les honneurs

Le Normand d’adoption obtient là son bâton de maréchal, la reconnaissance officielle de ses pairs et un viatique unique pour la suite de sa carrière. « Le Havre, c’est la validation d’une méthodologie. J’ai toujours été un adepte du 4-4-2, je suis toujours resté là-dedans. En 2008, on termine meilleure attaque, meilleure défense de L2 avec Guillaume Hoarau, que j’avais exigé de garder à l’intersaison, et qui termine avec 27 buts et 15 passes décisives. » Un Guillaume Hoarau que le coach qualifie de « super mec » mais qu’il a dû laisser partir au PSG une fois le club normand en Ligue 1. Le HAC redescend illico en ligue 2 et Jean-Marc Nobilo, remplacé à mi-saison par Frédéric Hantz, n’occulte pas sa responsabilité : « J’étais un entraîneur sans background de la ligue 1, même pas comme entraîneur-adjoint, ce qui à mon sens est très important dans l’expérience et le recul qu’on peut avoir à ce poste. Certainement que la marche était trop haute mais il ne faut pas oublier que je suis monté avec une ossature très jeune. »

Le coach-formateur rappelle ainsi qu’il a lancé dans le grand bain de la ligue 1 le gardien de but réunionnais Zaccharie Boucher à 16 ans, qu’il a durablement installé un autre réunionnais, Jean-Pascal Fontaine, dans l’élite nationale et qu’il a fait également émerger les Chibonda, Diawara, Boumsong,  Kana-Biyik, Placide… Cette carte de visite lui a ouvert toutes les portes et forger son caractère de globe-trotter. Ses expériences les plus lumineuses, il les a eues au Liban – dans un contexte difficile, il parvient à déplacer les U20 deux fois en France et rate le tournoi qualificatif en Asie d’un rien –, l’Algérie  – une CAN pour les U20 –, la Côte d’Ivoire et un 8e de finale de coupe du monde avec les U17 – ou le Bénin – et une finale UOMEA en 2010 avec les U23. Avec, entretemps, un passage aux Emirats.

 « Jouer devant 45 000 personnes, ça donne des frissons »

Le retour en métropole passe par Auxerre, autre club formateur historique. Le palmarès s’enrichit, au fil de son poste de directeur du centre de formation et entraîneur de l’équipe réserve, d’une coupe Gambardella en 2014, d’un titre de champion de CFA2 l’année suivante, d’un play-off avec les U17 en 2016 et d’un podium CFA la même année, « avec une victoire sur l’OL, 3-2, la référence ». De ces années africaines et asiatiques, Jean-Marc Nobilo garde des images fortes : « Jouer devant 45 000 personnes les qualifications pour la CAN, ça donne des frissons. C’est une expérience unique. »

La boucle est presque bouclée. Le passage au Stade Lavallois est à oublier et, en janvier 2017, lorsqu’il se rapproche de l’île Maurice où il avait été DTN de 1999 à 2001, il contacte « par politesse » Yves Ethève, qui a repris les destinées du foot péi, l’homme qui lui avait mis le pied à l’étrier en 1988 en le « suggérant » au Tampon lors d’une rencontre fortuite à Paris. « Le président Ethève me propose de remodeler la direction technique régionale et me convainc de prendre ce poste important. Je lui en suis très reconnaissant. » Jean-Marc Nobilo, pour schématiser, chapeaute depuis la 1er mars 2018 l’ETR (Equipe technique régionale), applique la politique sportive de la ligue de football avec la direction technique nationale. Il s’envole d’ailleurs ce week-end à destination de Reims pour le recyclage annuel des CTR, CTD et DTR et assistera à deux rencontres du Mondial féminin pour lequel la Réunionnais Valérie Gauvin vient d’inscrire son premier but jeudi soir face à la Norvège (2-1).

Texte:  Jean Baptiste Cadet
Photos: Pierre Marchal

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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