Le fameux « esprit trail » a pris un sérieux coup de griffe, ce week-end sur le Trail de Minuit, avec un finish honteux pour le podium scratch. Tout ça pour quelques grammes de bronze…

Alors que les deux premiers concurrents du Trail de Minuit, Jean-Pierre Grondin et Didier Telmar, sont déjà arrivés dans la nuit possessionnaise, deux lampes frontales font leur apparition au loin. Il s’agit de Romain Fontaine et Damien Escolano. Motivés à l’idée de grimper sur le podium, les deux traileurs se livrent alors à un sprint pour la médaille de bronze. Jusqu’ici, rien d’anormal. Mais alors que les deux hommes sont au coude à coude, Escolano se sert du sien pour envoyer balader Fontaine dans les rembardes métalliques bordant l’arrivée et s’emparer de la troisième place. Une image assez choquante.
Semblant aussi excédé qu’exténué, le regard hagard et rougi par l’effort, le coureur en question tente maladroitement de se justifier au micro de Laurent Nativel. Incapable d’aligner deux mots, il justifie ses actes dans un charabia difficile a déchiffrer où on comprend tout de même qu’il s’est perdu deux fois. À qui la faute ? Et est-ce une raison suffisante pour agir de la sorte ? La réponse est non.
A sa décharge, sommé par l’organisation d’émettre des excuses par écrit sous peine d’être disqualifié, le Toulousain s’est exécuté quelques heures après les faits, dans un Français laissant lui aussi à désirer. « Cela a était déplacer de ma part (sic) », introduit-il. On lui pardonnera volontiers ces quelques fautes d’accord. On ne demande pas non plus à un sportif d’être prix Nobel de littérature. Il poursuit : « Je me suis perdu et j’ai fait 4 km de plus. Cela m’a épuisé mentalement et physiquement. Avec la fatigue et le manque de lucidité, j’ai agi à chaud mais ce n’était pas mon intention de blesser qui que ce soit. »

« Honteux. Inadmissible »

Condition sine qua non pour éviter la disqualification, ce mot d’excuse atténue un tantinet la gravité de son geste. Mais face à ce « cas d’inconscience », Christopher Camachetty, le président du CA Possession, a tranché à l’issue de l’épreuve en décidant de déclasser Escolano à la quatrième place au profit de Romain Fontaine (3e). « Je pense avoir pris la décision la plus juste », estime le boss du Caposs, précisant quand même que si Fontaine avait porté réclamation, la disqualification était inévitable. D’un comportement exemplaire après avoir tâté du fer pour la première fois de sa carrière, Fontaine n’a pas souhaité en rajouter. C’est tout à son honneur.
Ce fait de course, assez rare pour être souligné, a ensuite soulevé la colère de bons nombres d’athlètes dans le microcosme du trail péi. « Un buzz dont je me serais volontiers passé », précise Camachetty, qui avait près de 1200 coureurs et quelque 160 bénévoles à gérer ce jour-là. Sur les réseaux sociaux, Jean-Marie Cadet, pour qui les finishs pleine balle, sur pattes ou sur selle, n’ont plus aucun secret – vainqueur du Trail Urbain de Sainte-Clotilde en parallèle soit dit en passant – a notamment vertement réagi. « Je trouve ça honteux. Inadmissible. Un sprint doit être honnête pour les deux coureurs », estime ainsi le spécialiste. Personne ne le contredira sur le sujet.

Texte : Etienne GRONDIN

Photo d’illustration : Pierre Marchal

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