« Une question de temps »

Quand il n’avait encore que 9 ans, son papa le déposait aux Roches Noires à l’aube et venait le rechercher au même endroit à la nuit tombée. Aujourd’hui, Jorgann Couzinet (25 ans) surfe les plus belles vagues de la planète sur le circuit mondial. Et il n’ aucune intention de s’arrêter… Entretien.

  • Jorgann, vous débutez votre sixième saison sur le WQS* et vous avez terminé 3e de la première étape à Netanya (Israël). Pas mal, non ?
  • Oui, ça met toujours en confiance de commencer l’année par une perf. Sachant qu’en plus, j’ai un peu merdé en demi-finale, je me dis que j’aurais pu arriver en finale. Ce n’est que du positif et ça me rebooste à l’idée de me qualifier sur le WCT**.
  • Depuis deux saisons, vous n’êtes vraiment pas loin d’y accéder. Que vous a-t-il manqué pour y parvenir ?
  • Il m’a manqué à chaque fois une à deux places. L’endroit que j’avais en horreur quelque part. Les années précédentes, je regardais toujours les mecs qui ne se qualifiaient pas et qui restaient à l’entrée. Et moi, ça fait deux années d’affilées que je le vis, donc je ne comprends pas trop ce qui m’arrive. Mais ce que je sais, c’est que j’ai cette chose en tête. Et en général quand j’ai quelque chose dans la tête, je persiste jusqu’à ce que j’y arrive. C’est une question de temps avant que j’y entre. Donc, espérons que ce soit pour 2020.
  • Vous êtes pro depuis 2014 et semblez avoir trouvé votre équilibre là-dedans. Jusqu’à quel âge envisagez-vous de vivre de votre passion ?
  • Je pense que tu peux surfer jusqu’à 40-45 ans pour peu que tu prennes soin de ton corps, à l’image de Kelly Slater. Donc j’espère le faire au moins jusqu’à 35 ans. Ce serait pas mal.
  • Vous avez 25 ans. À Paris, en 2024, vous en aurez 30. Les JO sont-ils déjà dans un coin de votre tête ?
  • Oui, bien sûr. J’aurai l’âge le plus mûr pour y participer. C’est assez intéressant de voir comment le surf va être développé et quel sera la médiatisation qui va en découler. Ce serait génial d’y être, oui.
  • Vous êtes pas mal de Réunionnais sur le circuit mondial (Florès, Huscenot, Toyon…), ça doit faire du bien de pouvoir causer du pays ?
  • Oui, ça fait du bien. On ressasse un peu les bons moments qu’on a passés sur l’île. La Réunion me manque énormément. Partout où je vais, c’est là où j’aimerais être. La Rényon, dann kèr.
  • Vous avez appris le surf à La Réunion à une époque où il était encore possible de pratiquer où et quand on le voulait. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?
  • Aujourd’hui, on ne peut plus surfer comme on veut, c’est certain. La dernière fois que je suis rentré, j’avais un Rpela*** sur la planche, donc j’ai pu surfer un peu comme je voulais. Et c’était incroyable. J’ai retrouvé La Réunion que j’ai connue jeune. Une île paradisiaque avec des vagues fantastiques. Et ça m’a fait tellement du bien ! J’espère pouvoir y revenir plus souvent pour pouvoir profiter du papa, du frère et des copains. Mon rêve absolu dans la vie serait de pouvoir retrouver La Réunion comme elle était avant. Sans requin, sans problème… Je prie tous les jours pour que le surf reparte. C’est triste.
  • Si vous aviez un rêve ultime à réaliser en surf, lequel serait-il ?
  • Le premier à l’heure actuelle est de rentrer dans le CT. Après, je rêverais d’aller à Hawaii, même sans être dans le CT et de me qualifier sur les deux étapes. Mon rêve serait de gagner à Hawaii, c’est clair. Ce serait sans doute le plus beau jour de ma vie.

Entretien: Etienne GRONDIN

(*) World Qualifying Series, le circuit de qualification mondial à l’issue duquel les quinze meilleurs surfeurs accèdent à l’étage supérieur (WCT).
(**) World Championship Tour, le circuit qui rassemble les 38 meilleurs surfeurs de la planète.
(***) Emetteur d’ondes électro-magnétiques qui éloigne les requins.

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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