Cher Maître G,
Je jouis dans mon quartier d’un prestige très avantageux. Chaque jour à 11h45 très précises, c’est un rituel, je promène Finisher, mon bouledogue anglais. Finisher porte chaque jour un tee-shirt finisher que j’ai courageusement gagné lors d’une héroïque compétition, et ça fait son effet, croyez-moi. Aux questions de mes voisins de lotissement, mes souvenirs affluent, je peux tenir des heures à leur narrer mes aventures vécues dans les milieux les plus hostiles du monde, à des altitudes défiant l’aéronautique, à des températures qui leur glacent le sang rien qu’à les évoquer.

Mais depuis quelques semaines, un individu assez déplaisant a acheté la maison d’en face. Il promène chaque jour Zézette, sa chienne bâtarde, à 11h précises, en short et veste de montagne pour montrer ses mollets bien dessinés. Le grand Dédé est randonneur d’après ce que m’en ont rapporté les voisins, et il est en train de saper ma renommée. Il fait d’abord le tour du quartier à bonne allure, en 5 minutes et 12 à 15 secondes selon les jours, interdisant à Zézette tout arrêt urinaire, puis prend son temps lors du second tour pour discuter avec mes fans qui lui portent un intérêt fort démesuré à mon goût. Hier, en pleine nuit, je suis sorti incognito avec Finisher, et nous avons fait le tour à toute vitesse. Mon chrono m’indiquait 4 minutes et 53 secondes ! On voit la différence entre un vrai sportif et un amateur !! J’ai donc décidé de donner une bonne leçon à ce prétentieux.

Ce matin, nous nous sommes donc préparés, Finisher et moi, en sortant la grande artillerie ; lui avec le tee-shirt « j’ai survécu » filé par un copain mais ça en jette et de toute façon je suis cap, et moi avec un tee-shirt du Tor des géants, seule année où j’ai été tiré au sort mais sans pouvoir courir, pour raison perso, mais en tout cas je suis allé en Italie retirer mon dossard et récupérer ce bijou.
A 11h00, j’étais derrière ma fenêtre pour guetter le malotru, à 11h01 je me trouvais dans la rue à cent mètres de ma cible.
J’ai tout de suite remarqué que notre promenade inhabituellement tôt surprenait les voisins. Ils sortaient les uns après les autres, affichant un air interrogateur. J’allais leur montrer ce qu’est un véritable raider. J’accélérais promptement. La classe d’un chien de race n’ayant d’égale que celle du maître, nous mordions l’asphalte d’un même élan. Dédé n’était plus qu’à dix mètres lorsqu’il détecta notre présence… il se mit à accélérer le pas. Je décidai de contre-attaquer, invectivant Finisher à voix basse mais suffisamment autoritaire. Nous étions alors à 8 km/h, en marche rapide, mais flasques remplies de boisson « Turbo-boost-flash instantané, goût caramel-viande des grisons » battant la cadence.

Quasiment au coude à coude, le mufle se mit à trottiner ! Un randonneur ! Rendez-vous compte Maître G ? Cela devrait être interdit ! Je ne pouvais faire autrement que l’imiter, et c’est ainsi que nous finissions notre 1er tour, à 10 km/h, devant l’air ébahi et amusé des habitants du quartier. Je pensais profiter de l’arrêt de son bâtard d’animal sans doute à bout de souffle pour prendre la tête du tour d’honneur, mais que nenni, Dédé se mit à courir pour de bon, comme ça, sans prévenir, sans matériel adapté ! Qu’à cela ne tienne mon cochon, j’avalais un gel « Overgerbe » et je mettais la gomme, en tirant Finisher qui commençait à accuser le coup. 14 km/h, ce mufle va exploser me disais-je tandis que nous terminions le 2è tour devant un public de plus en plus nombreux, avec quelques applaudissements timides et, il me semble, une ou deux railleries destinées au duo de devant.
A la moitié de ce tour infernal, la langue de Finisher lui frappait les yeux à intervalles réguliers, un coup à gauche, un coup à droite, mais je le guidais comme un bon labrador retriever. Madame Cornidouille sortait de son portillon au moment où je serai à la corde le virage du bout de la rue, elle se prit mon coude dans le ventre et s’écroula. L’infâme Dédé ne cédait pas de terrain.

Fin du 3e tour, la foule déchaînée criait nos noms : « allez Dédé, allez Ducon (c’est moi, je ne voulais pas le dire, mais bien obligé maintenant) !!»
Finisher s’étant coincé la langue dans son collier, je décidais de faire cavalier seul. « A nous deux, imposteur !! »
15 km/h, pas facile à cette vitesse de sauter par-dessus Madame Cornidouille qui tente de se relever. « A 85 ans on n’a plus la même souplesse qu’un jeune étalon comme moi ! », lui criais-je au passage ! Et cet enfoiré de randonneur de l’espace qui bombe comme Jim Walmsley ! Il s’éloigne, je perds mes flasques !

Fin du 4e tour, la foule hurle, agite des cloches, me jette de l’eau à la figure. Mais quand est-ce que ça va s’arrêter ? Je n’en peux plus. Je dois contourner un attroupement au bout de la rue, les sauveteurs de la vioque sans doute. Ils demandent de l’aide mais ma mission est trop importante et j’ai un point de côté qui me brûle atrocement.
A bout de souffle, en perdant du terrain, je termine le 5e tour. J’aperçois alors Dédé lancer sa veste au public hystérique, et que vois-je ? Il porte un tee-shirt « patrouille des Glaciers » ! J’en ai les jambes coupées, je m’assois à côté de Finisher, exténué, et mets près d’une minute, les mains tremblantes, à lui défaire la langue de son collier tandis que Zézette me lèche la nuque. Ces imbéciles de voisins ont confondu randonnée et ski de rando ! J’avais presque retrouvé mon souffle quand Madame Cornidouille me frappa avec sa canne. Honteux, oui, je l’avoue, je regagnais mes pénates.

Depuis ce jour, Dédé me fait signe de descendre, mais je n’ose pas. L’entrain de mes fans se fane, Finisher pisse dans la maison et hurle à la mort quand j’enfile un nouveau tee-shirt. Comment faire pour retrouver un peut de dignité, Maître G ?

Réponse de Maître G :
Cher sportif, quelle histoire incroyable dont chacun doit se souvenir ! Comme quoi l’habit ne fait pas le moine.
Vous devriez rejoindre Dédé puis proposer à Madame Cornidouille et aux autres une petite randonnée entre voisins. Tous à la même allure, sans tee-shirt finisher, juste pour le plaisir

HOKA ONE ONE
#unifertravaux,
Effinov Sport

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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