« Soyez fiers d’être des amateurs », pour reprendre un certain président de la République. Et pourtant, c’est tout un monde qui se trouve aujourd’hui en détresse. A l’image des salles de théâtres, des cinémas. Je ne vous parlerais que du sujet que je connais, non pas en tant qu’entrepreneuse dans le monde du sport, mais en tant que passionnée et licenciée d’un club d’athlétisme. 

Les enfants ont besoin de se défouler. Ils ont aussi besoin d’exemples à suivre, de héros de jeunesse qui leur donnent envie de sortir. Pour leur santé, et leur bien-être. Les adultes ont besoin d’une porte de sortie. La situation dodo – télétravail – dodo, est de moins en moins acceptée. La séance de sport post-boulot est bien souvent un défouloir. Un moment à soi, pour décompresser, être de bonne humeur avant de rentrer chez soi.

Que reste-t-il désormais, passé 18 heures ? A part Netflix, et ce quotidien qui se ressemble et qui ennuie.

Le monde du sport permet aux jeunes de respecter des valeurs qui se perdent : dans une société de plus en plus individualisée, la pratique d’un sport ramène sur la table les notions de travail d’équipe, de dépassement de soi. De solidarité, aussi. On attend toujours le dernier copain pour repartir sur la dernière série de 400m. On prend soin du coéquipier qui s’est tordu la cheville en voulant tirer au but. On apprend le respect des horaires et la rigueur, à l’entraînement.

Pourquoi ne pas valoriser le travail des associations sportives, en autorisant la poursuite des activités après 18 heures pour celles et ceux qui ont pris une licence ?

Ce serait l’occasion de sauver le sport amateur, en chute libre depuis des mois. Ce serait le moyen de rendre au sport ses lettres de noblesse. Tout le monde connaît les bienfaits d’une activité physique sur le système immunitaire, pourquoi faut-il encore et toujours la supprimer, la réduire au néant ?

Nous avons beau être champions du monde de foot, parmi les meilleurs en hand, avoir dans nos rangs Teddy Riner ou Kévin Mayer… Nous avons beau organiser les Jeux Olympiques dans trois ans… La France n’est pas un pays de sport. Qui revendiquerait un tel mode de vie, en instaurant une règle de 1h/1km ? En faisant la sourde oreille aux cris d’alarme des associations ?

La France n’est pas un pays de sport.

Il ne faut pas se faire d’illusions. Les licenciés, que toutes les fédérations ont perdus, ne reviendront jamais. Trop cher, trop d’incertitudes sur le calendrier, pas rentable pour une interdiction de pratiquer la moitié de l’année. Ce trou béant ne sera jamais rebouché, entraînant une baisse du niveau, la disparition de nombreux clubs. Mais aussi la petite mort de nombreux villages, dont l’animation était bien souvent faite par le club de foot ou l’équipe de gym rythmique du coin.

Et il faut les comprendre. Qui voudrait mettre 100 euros dans une licence, sans pouvoir s’entraîner ni avoir de perspectives de compétition ?

Les jeunes, qu’on aura incité à consommer des écrans pour avoir la paix après une longue journée de télétravail, ne reviendront plus souffrir sur une piste d’athlétisme. Puisque le sport, à l’instar de la culture, a été déclaré comme « non-essentiel ». C’est sûr qu’il vaut mieux se gaver de fast-foods sagement assis sur son canapé pour lutter contre les virus, plutôt que d’être dehors à pratiquer une activité physique.

Alors oui, nous trouverons des solutions. Nous mettrons notre réveil à 5h30 du matin, pour une séance à 6h30. Nous sacrifierons nos pauses-déjeuner. Et nous regarderons ces images, de trains ou de métros bondés, en se demandant ce qu’il y avait de mal à courir en extérieur, passé 18 heures.

Mathilde L’AZOU

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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