Alors qu’Edouard Philippe a annoncé ce mardi que la réouverture des plages ne se ferait pas avant le 2 juin, 58 députés (dont ne font pas partie les élus réunionnais) réclament au Premier ministre et à la ministre des Sports de reconsidérer cette mesure. Un courrier en ce sens leur a été envoyé le 29 avril dernier.

Les espaces naturels sont propices à la distanciation physique. De nombreuses études médicales démontrent l’effet bénéfique du contact avec la nature sur la santé physique et mentale”, indiquent-ils, demandant la possibilité de pratiquer des activités non statiques “sans proximité physique”, telles que la nage, le kayak, la voile, ou encore le surf.

Estimant “que les départements où la circulation du virus est limitée (catégorie “vert”) sont en mesure de permettre ces pratiques en toute sécurité”, ils précisent :“À l’instar de l’Australie, l’installation sur sa serviette ne serait pas autorisée. Le bord de mer sera un lieu de passage et non un espace de sédentarité, selon le concept de ‘plage dynamique'”, précisent-ils. Et font pour cela “confiance aux sens des responsabilités”des citoyens.

De son côté, Jean-François Nativel, président de l’association OPR s’interroge sur l’inaction des élus réunionnais. Dans une tribune que nous reproduisons ci-dessous, il fait part de son étonnement, et du manque de réactions de nos élus :

« Le prolongement de l’interdiction d’accéder aux plages jusqu’au 2 juin (minimum) provoque en ce moment la panique chez les politiques des régions littorales. 50 députés en majorité LREM viennent ainsi de signer une lettre pour exiger du gouvernement l’accès à la mer.

Ils argumentent sur le fait que « la France est culturellement un pays de la plaisance et des loisirs nautiques », insistent sur « l’effet bénéfique du contact avec la nature sur la santé physique et mentale » et ajoutent que « l’accès aux plages nous semble nécessaire pour permettre la pratique d’activités telles que le surf, le kitesurf, le kayak de mer, la voile, la nage ».

Pour à peine 2 mois d’océan fermé, c’est la Révolution ! Mais que dire de la situation de l’île de la Réunion où cela va faire 7 ans que l’océan est interdit, et que nos politiques semblent s’en moquer royalement ?

À la tête de cette fronde, il y a deux députés du Finistère et de la Manche, alors qu’une telle initiative devrait émaner en premier lieu des îles d’Outre-Mer. Or, parmi les 50 signataires, on ne retrouve qu’une députée de Mayotte LREM, où les activités nautiques sont bien moins développées qu’à la Réunion, et le suppléant d’Annick Girardin, devenu député de Saint-Pierre-et-Miquelon, une île pourtant avec un océan polaire !

Partout en France et en Outre-mer, l’accès au littoral préoccupe les maires, qui ont multiplié les rencontres avec les préfectures et les autorités sanitaires pour proposer des solutions.

Partout en France… sauf à l’île de la Réunion.

Où sont donc nos élus réunionnais, si prompts à réclamer des allocations et subventions, tout en s’affichant défenseurs de nos droits et nos libertés ? Ne savent-ils pas que la clé à toute cette pauvreté qu’ils prétendent combattre n’est pas dans des aides financières ponctuelles plus que jamais aléatoires, mais bien dans une activité économique en lien avec la valorisation de notre territoire ?

Cela semble toujours aussi honteux pour nos politiques locaux de défendre l’accès à l’océan, alors même « qu’aller à la mer » est la première activité souhaitée par les Réunionnais le 11 mai. Pourquoi ne font-ils rien non plus pour défendre les intérêts des nombreux pêcheurs amateurs et des plaisanciers ? Ils souffrent eux aussi de ce prolongement injuste d’interdiction, alors qu’ils sont bien moins exposés que d’autres activités, pourtant elles déconfinées.

Qu’importe si cela prend du temps de fédérer autour de l’océan. Nous sommes une île Française, et à ce titre la valorisation littorale passera forcément par les activités balnéaires et nautiques. Et cela bien sûr sans pour autant proscrire notre usage traditionnel de la plage : c’est dans cette voie que nous forgerons notre identité singulière.

En attendant, la situation inédite que connaît l’ensemble des plages françaises aujourd’hui permet de rappeler l’importance et la justesse du combat mené depuis 2011 à l’île de la Réunion. Nous ne devons rien lâcher ! J’ai besoin de vous, j’ai besoin de votre confiance et de votre engagement, car tant que nous n’aurons que des élus qui ont peur de la mer, notre île, et en particulier la commune de Saint-Paul, n’a aucune chance de s’en sortir.

La reconstruction qui succédera à cette pandémie devrait être l’occasion de repenser le système, de remettre à plat notre modèle social, et peut-être de faire cesser certaines aberrations administratives qui nous sont imposées. À ce titre, pourquoi ne profiterions-nous pas de ce mouvement national pour demander ici la levée de l’interdiction de baignade, en même temps que la levée de l’interdiction d’accéder aux plages ?

Il serait temps pour les autorités d’assumer leur immense incompétence, après avoir passé presque 10 ans à jouer au requin, avec la vie et l’avenir des Réunionnais. Dans notre contexte de crise grave, c’est une mesure essentielle si l’on veut réussir la reprise économique du littoral ouest, qui subit une double interdiction, et désormais une double crise ».

Photos Pierre Marchal

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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