Marcelle Puy est une légende vivante du Grand Raid. C’est n’est pas pour rien qu’on la surnomme la « Reine ». Au palmarès de l’épreuve, elle devance des sommités comme François D’Haene et a partagé ses lauriers avec des géants intergénérationnels tels que Jean-Philippe Marie-Louise, Thierry Técher ou bien encore Kylian Jornet… « Le Grand Raid, c’est la course de ma vie », comme elle dit. Entretien en diagonale.

– Marcelle Puy, vous avez pris le départs de huit Grand Raid. Vous en avez terminé sept de 1995 à 2017, avec sept podiums à la clé, dont cinq victoires. On a dû vous poser cette question mille fois, mais lequel reste votre plus beau souvenir parmi tous ceux-là ?
-Mon Grand Raid en 2002, quand j’ai terminé 10e au scratch. C’était une très belle performance. Au début, j’étais même classée dans les cinq premiers. Dans ces années-là, j’entendais parler des Thierry Técher et des Charles-André Fontaine. Je connaissais leurs noms, mais pas leurs visages. Sur le parcours, j’ai entendu quelqu’un m’encourager, « allez Marcelle, passe devant, tu es bien ». Après j’ai demandé qui c’était et il m’a dit « Charles-André Fontaine ». Là, je me suis dit « non, je ne passe pas » (rires).
-Dans toute l’histoire du Grand Raid, seulement deux autres femmes ont fait un Top 10 au scratch comme vous : Emilie Lecomte et Andrea Huser…
-Ben voilà ! Ça restera gravé à jamais… Et en plus, ce sont deux filles que je respecte énormément. Des championnes.
-Quand vous participez à votre première Diagonale, en 1995, c’est aussi le premier trail de votre vie ?
-Oui. En fin de compte, quand je suis tombée enceinte, en 1994, le Grand Raid passait devant la maison dans les hauts de La Possession. Et quand j’ai vu cette course-là, je me suis dit, l’année prochaine, « je vais la faire ». Du coup, j’ai accouché et j’ai fait la course. C’était mon premier Grand Raid et j’ai beaucoup souffert car je ne faisais pas de montagne du tout. Je ne faisais que du 10 km ou du semi-marathon. Et mes terrains d’entraînements, sur la côte ouest, étaient tout plats. C’était un vrai défi. Puis, j’ai retenté le coup en 2016. Et après j’ai fait un break. Je ne voulais plus entendre parler de la montagne (rires).
-Dans la Team Prudence Créole, vous côtoyez Gilberte Libel, qui avait fini juste derrière vous en 2017, lors de votre dernier Grand Raid. La considérez-vous comme une héritière ?
-Oui. Je ne vais tarder à prendre ma retraite avec Gilberte. C’est une fille sur qui je compte, que je conseille. Et je serai toujours là pour elle. Je pense qu’elle a la capacité de gagner le Grand Raid. Et elle a la gnaque.

« Le Grand Raid, c’est fini »

-Vous vous êtes croisées plusieurs fois sur cette édition…
-Oui et c’était la première fois que je courais avec elle. Je n’étais pas très bien au début mais je me suis dit, « c’est mon dernier Grand Raid, il faut finir coûte que coûte ». À Cilaos, j’étais 10e je crois. Mais je ne me suis pas affolée. Il faisait froid là-haut. Et après, quand je suis rentrée dans ma phase, là c’était bien. J’ai apprécié.
-Vous avez annoncé officiellement que c’était votre dernier Grand Raid. Mais officieusement, a-t-on une chance de vous revoir un jour sur la Diagonale ?
-La seule chose qui pourrait me faire revenir, c’est mon fils de 25 ans, Samuel. Là, il commence à entrer un peu dans la course. Et il est pas mal. Alors, si un jour, il décide de le faire, je me dirais sûrement, « il faut que j’accompagne mon fils quand même » (rires). Mais sinon, pour moi, le Grand Raid, c’est fini.
-C’est la course d’une vie pour vous?
-C’est la course de ma vie. Le Grand Raid a tout changé dans ma vie. Grâce à lui, j’ai décroché un travail, j’ai ma petite maison… Et je suis très heureuse.
-Le Grand Raid, c’est terminé. Mais le sport, pas vraiment ?
-Non, parce que j’aime ça. Et que je ne me vois pas du tout arrêter. Après, je ne suis plus toute jeune (49 ans). Et puis, il y a un temps pour tout. La gloire, c’est bien. Mais à un moment donné, tu prends de l’âge. Et aujourd’hui, je suis contente de voir qu’il y a une relève. Je suis contente de courir avec les petites jeunes.

« Laisser la place aux jeunes »

-Vous êtes d’ailleurs une postulante sérieuse aux prochains Jeux des Îles à Maurice ?
-Oui, j’aimerais faire le semi-marathon ou le 10 000 m. Je vais faire les deux championnats. Et puis, si j’ai ma place en sélection, je chosirai laquelle des deux disciplines après.
-Vous avez participé combien de fois aux Jeux des Îles ?
-La première fois c’était en 1998 à La Réunion (bronze, 5 000 & 10 000). Et la deuxième fois c’était en 2003 à Maurice (argent, marathon).
-Quelque part, vous revenez à vos premières amours en 2019 ?
-Voilà, c’est ça.
-On vous imaginerait bien finir avec une médaille…
-Franchement, ce serait top. L’or, l’argent, le bronze, peu importe… Mais une médaille ! Ce sera sûrement mes derniers Jeux en plus. Il faut laisser la place aux jeunes.

Texte: Jean Baptiste Cadet
Photo: Pierre Marchal
Entretien: Etienne GRONDIN

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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