Julie Guillaume et Juliette Rondet sont des piliers du Club Elite Lutte de Saint-Joseph. La première, diplôme de kiné en poche, effectue un retour remarqué au plus haut niveau. La seconde, désormais créopolitaine à Paris, pense aux jeux Olympiques de 2024. Une même passion pour la lutte les unit.

La section sport-études, le centre formateur et le club Elite du Lutte club de Saint-Joseph tournent à plein régime depuis plus de quinze ans maintenant. Ils sont adossés au lycée Pierre-Poivre et au collège Achille-Grondin pour offrir à ses sociétaires le meilleur tremplin pour accéder aux pôles France de Font-Romeu ou Clermont-Ferrand. Sous l’impulsion de Jean-Pascal Henrion, responsable technique, le LC Saint-Joseph collectionne les trophées : 4e club français en 2016, 1er club français féminin en 2018 et 2019. Julie Guillaume, 26 ans, 10 ans de lutte derrière elle, et Juliette Rondet, l’une des meilleures juniors de l’hexagone, forment un duo emblématique de la discipline estampillée Sud sauvage. Entretien croisé…

  • Julie et Juliette, comment avez-vous découvert la lutte féminine ?
  • JULIE : Durant une matinée de démonstration au collège de Bras-Panon, où j’étais en 6e. Avec Mme Lépinay, la prof d’EPS. J’ai ensuite intégré le club de Bras-Panon, avec MM. Dreimaza, prof de maths, Sautron, Hoareau et Christelle Dalleau comme éducateurs. Jusqu’à la 3e. Je suis allée au lycée Pierre-Poivre de Saint-Joseph, ai réussi les tests physiques pour l’entrée à la section sportive de lutte. En internat au LEP Paul-Langevin, François Boucher, ancien lutteur de l’Etang-Salé, et Jean-Pascal Henrion, m’ont encadrée.
  • JULIETTE : Je suis gymnaste à la base et, au collège Saint-Michel, Yannick Guyon, notre prof d’EPS, nous a initiées, quelques amies et moi. On a terminé 3e au championnat de France UNSS par équipes en cadettes, puis 2e l’année suivante. En seconde, on a été sacrées championnes de France UNSS. Cela se déroulait à Saint-Joseph. J’ai arrêté la gym, ai passé les tests pour intégrer le centre formateur de Saint-Joseph puis le club Elite en 2017/2018 avec « JP » [Henrion] et Samuel Dijoux qui sont mes entraîneurs. Après le bac, je suis partie à l’Ileps (école supérieure des métiers du sport) à Cergy Pontoise. Je suis en 1ere année.

« Le sport me canalise »

  • Qu’avez-vous trouvé dans la lutte ?
  • JULIE : Je ne suis pas expansive. Durant cette matinée découverte à Bras-Panon, j’ai été séduite par le jeu, le fait de faire tomber l’autre, de changer de partenaire, d’apprendre à se connaître autrement. C’est ça, je me suis exprimée autrement, je me suis défoulée comme pas possible (sic) ce jour-là.
  • JULIETTE : J’aime bien bouger, je ne tiens pas en place. J’ai toujours pratiqué une activité physique, quelle qu’elle soit. Tennis, gym, course à pied… Le sport me canalise. La lutte permet d’exprimer mes capacités physiques et de les mettre en valeur, par exemple ma souplesse. Et j’adore progresser, voir que mes efforts sont récompensés.
  • Retracez rapidement vos parcours sportifs respectifs…
  • JULIE : A ma première sélection, au championnat de France minime, je suis 2e. Je suis championne de France cadette chez les moins de 65 kg, deux fois championne de France junior en moins de 63, puis 3e aux France seniors. Entretemps, après ma seconde à Saint-Jo, j’intègre le pôle France de Font-Romeu. J’y effectue ma 1re et terminale et obtient le bac S. Je suis partie avec deux autres filles, et il y avait déjà pas mal de Réunionnais là-bas, dont Isabelle Ladevèze qui est maintenant l’entraîneur du pôle. Je ne me suis pas sentie très seule malgré l’éloignement, j’ai passé là-bas mes deux meilleures années.

« Julie est l’inverse de moi, elle est sans filtre »

Ensuite, j’ai effectué mon année de prépa médecine et entamé mes études de kiné. J’ai candidaté à Wattignies, près de Lille. Les études passaient avant tout, j’ai fait moins de compétitions. Et en 2015, j’ai arrêté. J’ai eu une blessure au genou qui m’a fait perdre deux ans, sportivement parlant. Diplôme en poche, je suis revenue à La Réunion, effectué des remplacements à Saint-Benoît notamment. J’aime être en relation avec les gens, avec les collègues.

  • JULIETTE : Après avoir intégré le centre formateur, j’ai été 3e au championnat de France fédéral à Calais chez les moins de 56 kg en 2017. En 2018, je me suis classée 5e au championnat de France senior, moins de 53 kg, à Schiltigheim, où je me suis fait remarquer lors de mon match face à la championne de France. J’ai retrouvé la championne de France aux France junior près de Nantes au mois d’avril. Je perds de très peu alors que mon adversaire a plus de dix ans au plus haut niveau, championnats et rencontres internationales. Je m’entraîne moins désormais à Paris, mais j’ai encore pris la 5e aux France seniors à Besançon fin janvier.
  • Comment avez-vous été amenées à vous connaître ? Qu’appréciez-vous le plus chez l’une et l’autre ?
  • JULIE : A mon retour dans l’île, la lutte me manquait. On m’a donné l’occasion de revenir au club, que j’ai redécouvert avec plus d’intervenants, des jeunes volontaires et assidus. Ça a évolué dans le bon sens. On m’a proposé d’intervenir en soutien du kiné et d’être plus proche des filles qui sont en internat en étant leur « surveillante » et aussi leur confidente. J’ai appris à connaître Juliette en internat durant son année de première. C’est un peu l’inverse de moi, elle est sans filtre. Elle dit ce qu’elle pense, elle est observatrice, tout le temps souriante. Elle veut être championne olympique. C’est quelqu’un de charmant, parce qu’elle veut progresser et apprendre.
  • JULIETTE : Lors de mon année d’internat, en 2016/2017, j’ai tout de suite connecté avec Julie. On a appris à se connaître au fil du temps et sa timidité cache quelqu’un de très ouvert d’esprit. On rigole, on s’entend très bien. On partage les mêmes centres d’intérêt, le même sport, c’est formidable.
  • Comment envisagez-vous votre avenir ?
  • JULIE : Progresser dans mon métier, kiné du sport. Mieux comprendre le sportif qui n’est pas un patient lambda. Je ne pense pas avoir la fibre entraîneur, même sur le long terme car je peux encore progresser en tant que compétitrice, dans la préparation physique et les aspects tactiques. J’ai encore envie de pratiquer la lutte à un haut niveau tout en étant plus autonome dans mon métier. Je m’en donne les moyens. C’est une vie qui me va…
  • JULIETTE : Pour l’instant à l’Ileps de Cergy Pontoise. Je m’entraîne également à l’Insep pour garder un certain niveau. J’ai toujours 2024 en tête. J’aurai 24 ans à Paris et je pense me maintenir en moins de 53 kg. J’aimerais ressembler à Koumba Larroque, vice-champion d’Europe en moins de 68 kg. Les Jeux, c’est un élément de motivation supplémentaire. Ce serait formidable…

Propos recueillis par Jean Baptiste Cadet
Photo: Luc Ollivier

Julie Guillaume, 26 ans, kiné et lutteuse ; Juliette Rondet, 20 ans, lutteuse et… les JO en tête !

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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