C’est l’un des plus jeunes présidents de clubs à la Réunion. A 34 ans, Hifzour Omarjee est à la tête de l’AF Saint Louis, le petit club qui monte. Quelques jours après la qualification en finale de Coupe Régionale de France, cet employé dans une collectivité revient sur son parcours, et les raisons qui l’ont poussé à se lancer dans cette aventure. Entretien.

photo Foot Run 974

 

Gadiamb :  Hifzour, on a souvent l’impression qu’il faut être vieux pour être président de club, tant cette fonction demande de l’expérience. N’est-ce pas trop dur à gérer pour un jeune homme de 34 ans ? 

A la base, je n’ai jamais voulu être président. Mais suite au départ de mon prédécesseur, tout le monde m’a poussé à occuper ce poste. J’étais déjà gardien de but avec l’équipe sénior, et à ce moment-là il était hors de question pour moi d’arrêter, car j’étais jeune.

J’ai donc concilié les deux, mais forcement c’était compliqué. Je l’ai fait 1 an, puis j’ai arrêté de jouer pour n’être plus que président.

Vous savez, dans un petit club, personne ne veut occuper ce poste, c’est moi qui m’y colle, et cela dure depuis 4 ans.  Notre parcours est exceptionnel, et j’en profite pour tirer un grand coup de chapeau à tous les coachs qui sont passés par chez nous, et bien sûr aux joueurs.

Quel est le quotidien d’un président de club ? 

Beaucoup d’administratif et de paperasse. C’est très important. Il faut aussi gérer les joueurs qui sont jeunes, regarder ce qui va et ce qui ne va pas. Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas que l’équipe sénior : Nous sommes 250 licenciés, un chiffre en constante augmentation.

Ce qui n’est pas évident, c’est qu’il faut concilier cette fonction avec mon travail. On fait au mieux. Le boulot jusqu’à 16h, et ensuite le football. Voici mon quotidien.

Le budget de l’AF Saint-Louis est limité. Devez-vous parfois puiser dans vos fonds personnels pour aider le club ? 

J’essaie de le faire, mais le moins possible. Si on commence à rentrer là-dedans, on s’y perd.

On a 30.000 euros de subvention, il ne faut pas faire d’écart.

 

L’AS Saint-Louisienne, l’autre club de la ville, dispose de subventions bien plus importantes, comment le vivez-vous ? 

Je crois qu’ils ont 110.000 euros de budget, cela vient d’être voté.

Comment je le vis ? Et bien je me dis que c’est le club phare de la ville. Mais bon, il faudra demander à la mairie !

Il y a une rivalité avec ce club ? 

Non, aucune. On cohabite sur la même pelouse… On est dans la même ville. Et il n’y a aucune comparaison en terme de budget. On ne peut pas rivaliser.

Pour votre deuxième saison en Régionale 1, vous vivez un rêve. Le maintien est quasiment assuré, et vous vous êtes qualifiés pour la finale de la Coupe Régionale de France….

Je pense que tout président rêverait d’un tel parcours. C’est juste magnifique.

C’est grâce aux joueurs qui s’investissent pleinement, malgré de faibles moyens. Ils n’ont que des petites primes de match, mais pas de salaire fixe.

Chez nous, on part d’un principe simple : Le boulot d’abord, et ensuite le football qui n’est qu’un plaisir.  Dans l’équipe, beaucoup de joueurs n’ont pas de travail, on est là pour les aider à en trouver un. Cela fait partie des valeurs du club.

La fibre sociale, c’est aussi notre priorité dans le quartier difficile du Gol à Saint-Louis. Grâce au football, on essaie de ramener certains jeunes dans le droit chemin.  Certains des joueurs de l’équipe première ont été sauvés grâce au football. C’est aussi ça l’AF Saint Louis.

C’est donc une équipe très jeune… Mais il y a aussi des joueurs d’expérience pour les encadrer….

Oui, nous avons recruté quelques éléments d’expérience, car nous ne pouvons pas seulement nous baser sur les jeunes du quartier. Il faut qu’ils soient encadrés.

L’autre difficulté, c’est d’essayer de les garder au club. Ce sont des joueurs prometteurs, mais qui risquent de nous quitter dans les années qui viennent.

On ne peut pas les retenir : S’ils peuvent avoir mieux ailleurs. c’est compliqué pour nous de s’aligner. Nayel Ousseni en est l’exemple parfait. Je suis heureux et fier pour lui… On pourra aussi citer Ali Djamali.

Interview Kevin Payet
Photos DR

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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