Lors de ce bref séjour en Italie, j’ai mesuré la chance de pouvoir participer de nouveau à une compétition, la dernière datant du mois d’octobre, en France avec le 100 miles Sud de France et en Grèce avec l’Athanaton Dromos. Entre temps, stages dans le Caroux et défi du Sentier Cathare auront alimenté ma motivation avec la perspective d’une éventuelle possibilité de porter un dossard un jour ou l’autre ; et puis, comme j’aime vraiment courir, tout simplement, il ne m’était pas trop difficile de me tenir à une activité régulière.

Le mental a toujours tenu bon, et pour répondre aux nombreux messages faisant allusion à cela – qui passe pour une prouesse alors que ça n’en est pas une – je peux dire que je n’ai jamais invité un journaliste de média mainstream ou un ministre chez moi, ces oiseaux de mauvaise augure, empêcheurs de tourner en rond, car je n’ai ni télé ni radio ; j’entretiens la paix chez moi, je ne suis pas perturbé, je ne me remplis pas le cerveau d’images négatives ou d’hypothèses et scenarii abracadabrants qui rendent dépendant du média le « patient perdu ». Si je veux une info le jour où j’en éprouve le besoin, je lis, je compare les sources, je comprends et je décide. Ceci n’est pas une leçon, mais ma façon de faire.

Néanmoins, le facteur compliqué reste l’abondance des non-sens. Elle peut être source d’énervement, donc énergivore, et, souhaitée ou non, déstabilisante au point de détourner l’attention de nos envies et objectifs, voire accaparant notre attention si on n’y prend garde. C’est pourquoi la recherche de l’épanouissement quotidien est capitale. Alors, à tous ceux qui possèdent une télé ou une radio, couvrez-la (les) d’une bâche, scotchez une feuille dessus portant l’inscription « POISON », et occupez-vous à autre chose, libérez-vous l’esprit, sortez !

Avril, la vie déborde d’énergie pour sortir véritablement du cocon hivernal. La végétation explose de couleurs et d’odeurs tandis que descendent encore des hauts reliefs des vents glacés qui tentent de freiner cet enthousiasme entêté. Rien n’arrêtera pourtant les montées de sève d’éclater les bourgeons ni les animaux de se gaver de nectars et de feuilles tendres.

L’Abbots Way a su résister, et a marqué pour Cédric et moi notre retour à la compétition 2021.

Départ nocturne depuis Bobbio, ville d’Emilie-Romagne située à 50 km de Piacenza, les coureurs s’élancent un à un, chaque 5 à 6 secondes… J’ouvre la voie quelques minutes, puis nous formons un petit groupe de 8 coureurs grimpant à l’assaut de la 1ère des 4 bosses. Il gèle. Je porte deux tee-shirts plus une veste coupe-vent, mes gants, un foulard ; par contre j’ai choisi l’option short…

La particularité de la course est l’autonomie. Pas d’assistance, donc je porte mes sticks d’Hydraminov pour toute la course, ainsi qu’une dizaine de barres Aminov. Piocher dans les ravitos n’est pas possible, et ce qui est présenté n’est pas énergétique, à part de la banane glacée, les points étapes étant à l’extérieur.

Porter un sac bien rempli n’est pas dans mes habitudes mais offre l’avantage de le rendre très stable. Le Rocket est confortable, compact et bien accessible. Je m’accommode vite de cette charge.

Le rythme est décousu ; les accélérations répétées des coureurs italiens m’incitent à les laisser partir pour de bon. Cédric reste avec moi. Au km 19, nous seuls nous arrêtons au ravito !

La course commence réellement. A deux dans la nuit glaciale nous gérons notre rythme, heureux de vivre cet instant simple et pourtant rendu rare. Nous aurons souvent une pensée pour vous tous qui ne pouvez pas encore quitter la France pour courir. Vraiment, ça nous déchire, c’est injuste, et nous espérons qu’au plus tôt nous partagerons ces escapades, ces tranches de vies simples et si riches.

Le terrain ressemble à celui des Cévennes. Pentue et parfois rendue grasse par les engins forestiers, la trace semble homophobe. Très peu de hameaux, parfois une ferme, aucune lumière autre que celle d’une demi-lune et de nos frontales. Souvent, des biches et chevreuils décampent à notre passage.

Au 35e km nous rattrapons le groupe et prenons le large.

Km 65, ravito dans le fort Di Bardi, superbe. Ça nous rappelle notre arrivée au château de Foix ! Sol magnifiquement pavé, bougeoirs, douce musique, bâtisse impressionnante.

Peu après je prends une belle gamelle, comme souvent. Aujourd’hui je crois avoir une côte fêlée, tant pis. 10 km plus loin c’est au tour de Cédric ; égalité !

Nous ne faiblissons pas, c’est chouette. Je suis content de l’entraînement des mois précédents. Il faut dire qu’en mars j’avais mis le paquet, 570 km de trail pour 30 000 m+ et pas mal de vélo pour 9000m+ ; forcément, ça aide:-)

Nous évitons autant que possible de nous enfoncer dans la boue, mais cela devient de plus en plus compliqué. La surface des flaques est gelée, l’épaisseur des feuilles en forêt dissuade de sortir du chemin défoncé, c’est usant.

Au km 86, arrivée du « 90 km », ravito. Nous apprenons alors que nous ne sommes pas en tête ! Un coureur nous précède de 20’. Mince, c’est un peu tard pour réagir.

Cédric me dit d’essayer de le chercher. Il reste une trentaine de km et 1500m+.

J’essaie un peu en attaquant la dernière vraie bosse. Des lièvres détalent. Je n’en ai jamais vu autant. Un gros sanglier traverse une prairie tandis que des biches coupent le chemin, c’est fou ! Je n’ai ni leur vitesse ni leur agilité.

Rapidement, j’ai des étoiles dans les yeux. Au début, je crois à un signe de sommeil ou à un éblouissement dû au soleil, mais lorsque Cédric revient sur moi, je comprends que j’ai ralenti. Avec le peu d’alimentation utile avalée sur les ravitos, c’est tout simplement une hypo.

Cédric passe, je lui dis à mon tour d’y aller. Pendant qu’il s’éloigne, je mange trois barres et un bout de pain pris au ravito, tout en buvant pas mal de boisson énergétique. Je veille à garder un petit trot sur le mono-sentier alternant faux plats montant ou descendant, plein de rochers. Je ne veux pas marcher afin de garder une dynamique, ne pas me laisser aller à la facilité. J’ai toujours Cédric en ligne de mire et l’énergie revient peu à peu. 5 minutes après je reprends un bon rythme pour le rejoindre ; j’ai eu chaud !

99e km, petit ravito où je mange de tout. Notre rythme est alors excellent. Le soleil apporte une chaleur bienvenue. Les muscles semblent se détendre, nous accélérons pour de bon.

Le final est plus roulant que prévu. Le retard sur mes estimations est vite repris, et à notre surprise nous débouchons sur Pontremoli !

13h20, nous franchissons ensemble la ligne d’arrivée de cette grande traversée, franchement satisfaits. Il n’y a quasiment personne, mais c’est dans mon coeur que je ressens la chaleur de vos encouragements, parole de Globetrailers.

Encore merci aux organisateurs, à Effinov pour le boost de la boisson, à Hoka pour les EVO Mafate 2 qui étaient parfaites pour ce terrain varié, à Kinetik pour l’équipement approprié à ces conditions fraîches, à HTmoi pour l’incroyable lampe Armytek.

Et bien sûr, sans Unifer, je ne vivrais pas cette passion du trail : mille mercis à Philippe Rocher.

Un PS spécial à Ugo Ferrari : On a pensé à toi après ton super podcast : encore une arrivée main dans la main ; comme tu dis, ce n’était pas un championnat du monde, et un peu comme une bière, c’est plus sympa de lever le verre en même temps

J’en profite pour vous annoncer la web conférence d’Effinov sur le sujet “secrets de champions” jeudi soir de 18h à19h : https://attendee.gotowebinar.com/…/8524781245765579275…

 

Photo Pierre Marchal et DR

   Envoyer l'article en PDF   
Article précédentA mon bien cher Kényan Blanc
Article suivantPrêts pour les ISA World Surfing Games 2021
Antoine Guillon
Athlète français né le 16 juin 1970 dans les Yvelines, Antoine Guillon est un spécialiste de l'ultra-trail. Il a notamment remporté le Grand Raid 2015 et l'Ultra-Trail World Tour 2015 après avoir fini quatrième de l'Ultra-Trail World Tour 2014. Pour ce sportif de haut niveau, l'ultra-Trail est un art de vivre.

LAISSER UNE RÉPONSE

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici