Il était revenu en 2018 dans une île qui lui avait permis, trente ans plus tôt, de débuter sa carrière de formateur et d’entraîneur. Jean-Marc Nobilo quitte, cette fois définitivement, La Réunion pour prendre ses nouvelles fonctions de directeur du centre formation du Paris FC, club ambitieux de Ligue 2. Retour sur un parcours qu’il se défend de dépeindre sous le miroir déformant du mercenariat. « Ça n’est jamais facile de se remettre en cause et de tout recommencer tous les deux ou trois ans », argumente cet amoureux de la formation.

Jean-Marc Nobilo, quel est votre meilleur souvenir ?
J’en aurai plusieurs. Quatre pour être précis. Le premier, c’est l’accession en Ligue 1 du HAC, avec le titre de champion de Ligue 2 et ma désignation en tant que meilleur entraîneur de Ligue 2 à l’issue de cette saison 2007-2008. Le deuxième, c’est la victoire en Gambardella avec Auxerre en 2014 ; une victoire qui englobe tout le staff de l’AJA. Le troisième, c’est le 8e de finale de coupe du monde des U17 au Mexique avec la sélection ivoirienne que je supervisais au côté du coach Alain Guaméné [ndlr : gardien de but, Guaméné a été champion d’Afrique avec les Eléphants de Côte d’Ivoire en 1992 sans avoir encaissé de but dans le jeu] ; un souvenir très fort malgré la défaite 2-3 contre la France de Sébastien Haller, Kurt Zouma ou Yassine Benzia après avoir mené 2-0. Enfin le quatrième, c’est la finale perdue aux tirs au but avec la réserve pro du HAC en 2010 face à l’Olympique Lyonnais, à Gerland, en présence de Jean-Michel Aulas et Claude Puel et face à des garçons comme Alexandre Lacazette.

Et le plus mauvais ?
Je n’en ai pas à proprement parler. Même dans les moments chauds que j’ai pu traverser, comme en Côte d’Ivoire, par exemple, en 2011, au plus fort de la guerre civile entre les partisans du président Laurent Gbagbo et de l’ex-premier ministre Alassane Ouattara [du 28 novembre 2010, second tour de la présidentielle, au 10 avril 2011, arrestation de Laurent Gbagbo]. J’ai dû quitter le pays, préparer le groupe des binationaux ivoiriens en France, organiser le stage final avec Alain Guaméné, procéder à la sélection des 23 à partir des 35 sélectionnés. Une formidable expérience malgré le contexte.

La spécificité du joueur réunionnais

Quel est le meilleur joueur que vous ayez eu sous vos ordres ?
J’en citerai plusieurs. Souleymane Diawara et Jean Alain Boumsong [ndlr : défenseurs, alors au HAC] entre 1996 et 1999 ; deux attaquants, Amadou Alassane [ndlr : issu du quartier havrais des Neiges et du club du même nom, il a dû arrêter sa carrière pro en raison d’une malformation cardiaque] et bien sûr Guillaume Hoarau, meilleur buteur et passeur de Ligue 2 (27 buts, 17 passes décisives), qui n’a jamais été aussi bon qu’avec moi [rire], car j’avais compris que, premièrement, un attaquant a besoin de plus de patience qu’un autre joueur de champ, et, deuxièmement, spécificité locale, les Réunionnais percent sur le tard. Je n’en veux pour preuve que les éclosions lentes de Dimitri Payet et Jean Noël Ajorque.

Outre ces joueurs, quelles sont les personnalités qui vous ont le plus marqué ?
Là aussi, j’en citerai plusieurs. D’abord René Exbrayat [ndlr : ancien joueur d’Arles, il a entraîné le HAC en 1996-1997], un homme, un entraîneur très authentique, très sincère. Ensuite Michel Hidalgo [ex-sélectionneur de l’équipe de France, décédé le 26 mars 2020], que j’ai côtoyé aux Emirats et au Liban, alors qu’il intervenait en tant que consultant ; c’était un homme exceptionnel, un conférencier extraordinaire. Et enfin Jean-Pierre Morlans [ndlr : formateur de joueurs et d’entraîneurs, ex-DTN par intérim, décédé le 26 juin 2020], quelqu’un qui croyait très fort en ce qu’il faisait et dont on ressortait de ces séminaires gonflé à bloc. Ces hommes, c’était vraiment du haut de gamme.

Infrastructures et structures en retrait

De tous les pays où vous avez exercé, lequel vous a le plus impressionné ?
Je dirais en premier lieu Dubaï, un pays quasi virtuel, fantastique dans la mesure où tout est démesuré ! Vous pouvez vous trouver dans la rue à contempler les véhicules dernier cri qu’on ne voit que dans les films, puis vous trouver dans une patinoire érigée à deux pas du désert ; au niveau des infrastructures sportives, c’est du high tech ; c’est simple, on s’entraînait régulièrement dans un gymnase complètement climatisé. Ensuite la Côte d’Ivoire, avec Abidjan et ses spécificités, sa lagune ; malheureusement éclatait la guerre civile. Enfin l’Algérie avec un gros coup de cœur pour les Algériens, incroyablement gentils, et ses paysages ; j’ai réalisé des détections jeunes sur quinze sites différents, entre la mer, la montagne et le désert.

Qu’est-ce qu’il manque à La Réunion pour rivaliser avec les meilleurs centres de formation ?
Je dirais que le décalage ne se situe pas au niveau du développement technico-tactique. Du très bon travail a été effectué depuis plus de trente ans dans la foulée de précurseurs comme Axel Royé. Non, le manque à mon avis se situe au niveau des infrastructures sportives et des structures des clubs. Les terrains de compétition et d’entraînement ne sont pas au niveau de ce qu’ils devraient être. En Afrique, ils se sont très vite orientés vers des synthétiques de dernière génération. A force de jouer sur des terrains durs, en mauvais état, le joueur perd 30 % de technique. De plus, les clubs ne disposent très souvent pas de projets, de vie sportive ou de recherche d’ouverture sur le monde économique. Très peu fonctionnent avec un permanent qui chapeauterait tous ces aspects qui sont vitaux.

Propos recueillis par Jean Baptiste Cadet
Photos : Pierre Marchal

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Jean-Marc Nobilo digest
Né le 27 juillet 1960 à Cahors

CARRIERE (ENTRAÎNEUR ET FORMATEUR)
Entraîneur et formateur à La Réunion de 1988 à 1996 (USS Tamponnaise puis CS Saint-Denis et directeur de la formation à la ligue réunionnaise)
Entraîneur de la réserve professionnelle du Havre Athlétic Club (HAC) de 1996 à 2000
Directeur technique national (DTN) à l’île Maurice de 2000 à 2001
Directeur de la formation aux Emirats arabes unis (EAU) de 2002 à 2003
Directeur technique national au Liban de 2003 à 2005
Directeur de la formation, entraîneur de la réserve pro, entraîneur de l’équipe pro au HAC de 2005 à 2010
Directeur technique national en Côte d’Ivoire de 2011 à 2012
Sélectionneur des moins de 20 ans en Algérie de 2012 à 2013
Directeur de la formation et entraîneur de la réserve pro à l’AJ Auxerre de 2013 à 2016
Entraîneur de l’équipe pro de Laval en 2017
Directeur technique régional à la ligue réunionnaise de football de 2018 à 2020
A partir du 10 août 2020, directeur du centre de formation du Paris FC (L2) avec action sur le développement du club à l’international (durée du contrat : 3 ans)

PALMARES (ENTRAÎNEUR)
2006 : Vainqueur du Tournoi des centres de formation de Ploufragan et finaliste en 2009 avec Le Havre AC (U19).
2007 : Champion de CFA 2 avec Le Havre AC B
2008 : Champion de Ligue 2 avec Le Havre AC
2008 : Meilleur entraîneur de Ligue 2 (Trophée UNFP) avec le Havre AC
2010 : Vice-champion de France des réserves de clubs professionnels (CFA) avec le HAC
2011 : Huitième de finale de Coupe du monde U17 avec la Côte d’Ivoire, battu par la France 2-3
2014 : Vainqueur de la Coupe Gambardella avec les U19 de l’AJ Auxerre
2015 : Champion de CFA 2 avec l’AJ Auxerre
2015 : Meilleur entraîneur de CFA 2 avec l’AJ Auxerre

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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