Enfin un ultra à me mettre sous la semelle ! Pas question de laisser covid rimer avec « saison vide », et encore moins avec « gras du bide », donc, direction Font Romeu, retrouver les copains comme moi avides de dépenser leurs glucides.

Après 7 mois sans compétition, la sensation est étrange d’épingler un dossard. Dans l’ambiance liberticide, la vie de l’humanoïde tourne à l’insipide, alors un grand merci aux organisateurs, au préfet du département des Pyrénées Orientales et aux courageux bénévoles qui ont œuvré courageusement pour que nous puissions courir sans qu’on nous lapide.
C’est donc parti, et plus tôt que prévu, puisque vers 08h15 nous découvrons un mail sur notre messagerie nous annonçant que le départ est avancé à 09h contre 10h initialement prévu.
Hou là ! Branlement de combat, ce qui ressemble à une ingurgitation accélérée du pt’it dèj tout en calculant le peu de chance qu’il nous reste de ne pas louper la 1ère vague. Hop, bourrage de sac, rangement express de l’appart de Renaud Rouanet, démarrage sans accro du fidèle Berlingo vert qui nous impose son rythme dominical, mais nous respectons son vieil âge et ses 522 000 km.
Arrivés à bon port j’enfile ma tenue de marin car le ciel me fait penser à ces déferlantes qui se dressent sournoisement pour vous écraser de leurs tonnes d’eau. Je rejoins les trailers ; mon dossard on me valide, le départ je prends, intrépide, sans décompte, sans concertation, accompagné de Cédric Chavet et de Benoît Girondel. Après 1km, Renaud Rouanet nous rattrape comme un bolide ; ça doit pulser dans ses carotides !
Bref, c’est franchement parti et il pleut déjà un peu. Quel plaisir de participer à un trail. Cela n’a rien à voir avec une sortie seul dans son coin. Après plusieurs mois de cette insupportable mascarade, bien que les dirigeants s’acharnent à vouloir nous faire croire qu’il est dans notre intérêt de nous éloigner les uns des autres, de nous méfier de tous, de craindre les rassemblements, de nous terrer, de rester pendus à leurs lèvres et aux écrans, d’accepter toutes les contraintes, y compris celle de nous masquer, et bien ce simple moment de partage est revitalisant et il s’ajoute à tous ces mouvements, ces interventions de milliers de médecins, d’avocats et d’éminents scientifiques qui dénoncent l’inacceptable, les chiffres faux, la dictature, qui tentent avec enfin davantage de résultat de réveiller la population, de sauver des milliers de vies dûs aux dégâts collatéraux, d’arrêter cette folie collective. Il faut réagir avant que les rhumes hivernaux (dont 4 formes sont des souches Covid : Hcov 229 E, Hcov OC 43, Hcov NL 63, Hcov HKU1) soient confondus volontairement (et c’est déjà le cas) avec le « 19 » pour nourrir les médias, affoler la masse et alimenter la propagande. Pensez aux enfants, au manque de respect qu’ils ont et auront de l’adulte, et ils ont bien raison. Quel avenir noir se profile pour eux à leur insu ! Le changement ne peut pas venir d’eux. Pendant ce temps, 18 000 enfants meurent de faim chaque jour ! Je ne suis pas donneur de leçon mais je n’accepte pas d’en recevoir d’infondées.
Aujourd’hui, je suis fier de courir pour donner l’exemple, et je remercie tous les trailers qui se sont élancés dans ces différentes traversées. Je ferme cette parenthèse.
Le parcours est rapidement technique, et c’est là une belle surprise. Les sentiers sont souvent étroits, avec du rocher en pagaille, de quoi slalomer et mettre en œuvre les techniques d’économie de course. Le rythme est bon, un peu moins engagé que sur la Diagonale des Fous, mais la météo à venir nous incite à la prudence.
À Vernet « les Bains », c’est le moins que l’on puisse dire, nous pataugeons depuis des lustres et je constate que mes prévisions métronomiques en ont pris un coup dans l’aile. Nous y arrivons à 4, plus ou moins en même temps, et après un ravito solide et chaud nous attaquons le point délicat, le Cortalet, sur la pente du Canigou. La pluie se transforme en neige.
Partis 5 minutes après nous de Vernet, quelques trailers du 120 km commencent à nous doubler. Tandis que je peine à refermer ma veste et mon sac à dos après avoir enfilé un second tee-shirt, Eric Charavel, trailer du 120, s’arrête pour m’aider ! Un grand merci !
Mais le froid me saisit pourtant peu à peu. Comme un lézard sur la banquise je me ratatine, je passe en mode léthargique et je me traîne jusqu’au refuge du Cortalet. Là, je pense à l’arche de Noé tant nos accoutrements de trailers montagnards en détresse font ressembler chaque individu à une espèce différente, avec pour point commun un régime alimentaire omnivore. C’est ainsi que soupe, cacahuètes, jambon, pain et banane se disputent la première place dans l’estomac, un air de satisfaction non feint au coin des lèvres.
Je ressors de ce coin chaleureux avec la détermination d’un dromadaire en plein Arctique. Mes pas sont incertains, ma vitesse réduite, avec la nette sensation que mon énergie est réduite à la taille d’une bille. Mais le ravito et la chaleur de la soupe vont peu à peu se diffuser dans tout mon corps. Après un quart d’heure, Renaud Rouanet me rejoint. Je reste dans sa trace, nous discutons, je revis.
À Estanol, km 75 et 4 100 m+, j’attrape une saucisse grillée en guise de ravito, tout comme Renaud, et comme l’ont fait aussi Cédric et Benoît plus avant. C’est fou comme le froid et un moment de détresse peuvent changer nos principes alimentaires !
À partir de cet instant, je cours comme au début, ouf ! À Batère, 4 km plus loin, en 10h55, je retrouve Cédric qui a été touché par le froid lui aussi, mais après le Cortalet. Je repars vite, à 20 minutes de Benoît. La suite est toujours technique, avec aussi de la piste en montée. Échanger quelques km avec des coureurs du 120 km ou des relais me ravit. La nuit est à présent tombée. J’éclaire encore une fois formidablement bien avec mon Armytek.
Enfin Arles, je languis de pouvoir enfiler un vêtement sec. Le ravito se passe à l’extérieur (assistance personnelle oblige), mais la température est bonne et surtout, il ne pleut plus !! Mes amis Aurélien et Cypriane Rivier sont ici (Aurélien avait terminé 4e de l’Ultra du bout du Cirque en mars, peu après Cédric et moi). Ils me prêtent un tee-shirt manches longues tout chaud, haaa le bonheur ! Merci mille fois Brahim Akhdar m’offre un gobelet de soupe. J’ai couru avec ses frères Lhoucine et Samir au Maroc, une fratrie complétée par Ismael, des baroudeurs du désert qui ont marqué le MDS.
La nuit se poursuit, dans un confort thermique très agréable. J’ai ôté le pantalon à Arles, mais je reste à l’écoute des sensations et le renfile dans la montée de Puits à Glace.
C’est après Las Illas, km 120, que je rattrape enfin Benoît. Je ne m’attendais pas le voir si tôt, et pour cause il venait de s’égarer sur un chemin assez traître je dois dire, ayant échappé de peu moi-même à l’erreur. Nous sommes soulagés de nous retrouver d’autant que nous étions seuls depuis longtemps. On parle de la Diag, mais aussi de ce parcours qui nous satisfait vraiment.
Dans les montées raides, Benoît marche vite, ce qui m’oblige à relancer de temps en temps en trottinant pour combler le petit écart. Sur piste pas trop raide nous courons côte à côte, et j’ouvre la marche en descente. Nous avons trouvé un bon équilibre .
C’est ainsi que nous poursuivons notre chemin ensemble, égrainant les km avec autant de satisfaction que s’il s’agissait de degrés gagnés entre le gel du Cortalet et le soleil de Mafate.
Nous éteignons la frontale à 15 km de l’arrivée. Une erreur du road book sur la distance Vallée Heureuse-Lavaill (10,5 km en réalité contre 7 km annoncés) nous fait douter un instant, mais rien de bien gênant.
L’arrivée sur Argelès se présente enfin, longue section plate, normal au niveau de la mer, sur les promenades cyclables, le long du port de plaisance et enfin le long de la plage. C’est fait ! À deux, nous qui n’avions pas réussi à nous rejoindre à la Réunion sur nos précédentes participations, nous avons le plaisir de franchir la ligne ensemble. Nous avons la joie d’accueillir ensuite Cédric et Renaud, quien terminent ensemble à la 3e place ! Cet ultra aura été marqué par la solidarité entre tous, coureurs et assistants, bénévoles aux petits soins et organisateurs motivés ; tout ce que j’aime dans cette discipline
4 ultras pour l’instant cette saison, 4 victoires, et peut être encore un en Grèce à la fin du mois, un 142 km exclusivement sur route avec plus de 3 000 m+.
Merci à Unifertravaux pour tous les encouragements transmis par Anne, à EffiNov Nutrition qui m’a encore permis de maintenir un super tempo, et promis je ne mangerai plus de saucisse en course.

Texte : Antoine Guillon
Photo : Pierre Marchal

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Athlète français né le 16 juin 1970 dans les Yvelines, Antoine Guillon est un spécialiste de l'ultra-trail. Il a notamment remporté le Grand Raid 2015 et l'Ultra-Trail World Tour 2015 après avoir fini quatrième de l'Ultra-Trail World Tour 2014. Pour ce sportif de haut niveau, l'ultra-Trail est un art de vivre.

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