Ancien membre de l’équipe de France de gymnastique artistique masculine, le Réunionnais Patrice Casimir a marqué l’histoire de la gymnastique française. Spécialiste des arçons, il fut médaillé de bronze sur cet agrès aux championnats d’Europe en 1996 mais manqua le podium de peu, quelques mois après aux Jeux Olympiques d’Atlanta.Pour disputer deux Jeux olympiques Patrice Casimir a dû quitter l’île à 12 ans et rejoindre le Pôle national de gymnastique d’Antibes. Son retour à l’âge de 25 ans en 1997 pose le problème de la reconversion des sportifs de haut niveau et de la reconnaissance qui leur est accordée. Aujourd’hui sur le départ vers d’autres horizons, Patrice restera un des grands gymnastes réunionnais.

À quel âge avez-vous quitté La Réunion pour rejoindre le Pôle national de gymnastique d’Antibes ?
J’avais 12 ans…

Ce n’est pas trop tôt ?
À cet âge-là, je ne le savais pas. À mon époque, on ne le savait pas. C’est pour cela qu’ensuite à La Réunion ont été créées des classes avec des horaires aménagés et que les entraineurs ont été formés pour accompagner les jeunes gymnastes réunionnais le plus loin possible dans leur formation sportive et afin d’éviter un départ trop précoce.

Comment s’est passé votre retour à La Réunion en 1997 ?
D’abord, c’était programmé …

Vous n’aviez pas imaginé rester dans l’hexagone, y faire votre vie…
Non. Quand j’ai quitté l’île, je savais que je reviendrai. Mais finalement ce retour a été difficile, et pas forcément comme je l’imaginais. Même si j’ai retrouvé ma famille, mes amis, j’ai dû quitter toute ma vie de sportif. Je me suis retrouvé employé dans un club, j’avais un travail. J’avais passé mes diplômes, mais c’est vrai que ce n’était pas tout à fait ce que j’avais imaginé…

Avez-vous été accompagné pour votre retour ?
Tout au long de ma carrière de sportif je l’ai été mais je ne peux pas dire la même chose pour mon retour, pour la reconversion. Là aussi j’étais jeune, je n’avais que 25 ans quand je suis rentré.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes sportifs réunionnais qui rêvent d’avoir une carrière sportive comme la vôtre ?
Quand on excelle dans un sport, il ne faut pas hésiter, il faut oser, tenter. Moi, je l’ai fait. Je ne le regrette pas. J’ai vécu de très belles choses. J’ai tenté sans avoir de garanties et je n’ai jamais imaginé que j’allais avoir la vie de sportif que j’ai eu.

La suite de l’histoire n’a pas été à la hauteur de vos attentes ?
À l’époque je ne m’étais pas posé trop de questions sur ce retour ! J’étais jeune, je vivais au quotidien. C’est vrai que mon expérience, mon vécu auraient pu, pourraient davantage être pris en compte. Bien sûr, j’ai continué dans la gymnastique, et je pense avoir apporté quelque chose : des jeunes sont partis en métropole, aux championnats de France, la gym a avancé à La Réunion. Mais j’avais imaginé que je pouvais apporter plus. Maintenant ma personnalité a peut-être fait que je ne me suis pas mis trop en avant. Mais on ne m’a pas énormément sollicité non plus par rapport à la carrière que j’ai eu.

Qu’attendiez-vous d’autre ?
J’attendais peut-être mieux au niveau social, au niveau salarial. On ne m’a pas proposé grand-chose. J’ai été employé municipal pendant deux ans, c’est tout. Aujourd’hui je suis directeur technique grâce aux subventions que la mairie apporte au club. De manière générale, le retour des athlètes de haut niveau n’est pas pris en compte. Eux-même, et moi le premier ne se sont pas préparés à le faire. Pourtant les sportifs de haut niveau apportent beaucoup à l’image de l’île, à la fierté de l’île quand les résultats, les médailles, les titres sont là. Après, quand leur carrière sportive s’arrête, c’est autre chose. On s’intéresse aux sportifs tant qu’ils sont sportifs, tant qu’ils représentent quelque chose, des médailles, des titres.

Que feriez-vous différemment ?
Sportivement, mieux gérer ma carrière déjà. Dans l’euphorie des résultats, de l’instant présent on se laisse emporter alors qu’il faut savoir prendre du recul pour mieux gérer toute une carrière, et pas seulement ce qui vous arrive quand tout va bien même sur le plan des résultats immédiats.

Quand j’étais sportif j’ai été aidé, c’est sûr et même très entouré. Après non… Il faut mieux préparer son retour. Il faut oser se mettre en avant, demander.

Est-ce que les autorités, les collectivités sont fières de ce que vous avez fait ?
Je ne le sais pas, ça aussi, il faut savoir le vivre. Certains ne le savent pas. Moi je l’ai accepté. Avec difficulté peut-être, mais je l’ai fait. Pour être reconnu, il faut être préparé. Moi, je ne l’ai pas été …

Finaliste au Jeux Olympiques de Barcelone et d’Atlanta
À part le milieu de la gymnastique, qui se souvient vraiment de lui aujourd’hui ? Ce Saint-Portois d’origine a été trois fois champion de France de gymnastique et sept fois par équipes entre une place de finaliste aux Jeux olympiques de Barcelone et sa participation par équipes aux jeux d’Atlanta ! Pourtant Patrice Casimir n’a que 46 ans. Il mérite largement mieux que ce relatif anonymat sportif dans lequel il vit. Ce fut pourtant l’un des plus brillant athlète que La Réunion ait connu. Père de trois enfants et diplômé d’un brevet d’État, il est aujourd’hui directeur technique du club de gymnastique du Port.

Interview :  Guy Leblond pour Lotrinfo
Photos : Pierre Marchal

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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