Notre invité d’honneur en dernière minute, le grand Arnaud Moisan, incarne à lui seul le nom de l’épreuve ; celui qu’on voit immanquablement arriver aux avant-postes des Diag’ et Ultra-marin… Ce vaillant gladiateur celte des courses à pied me proposant la veille au soir de faire une petite séance d’1h30 le samedi, je lui soumets l’idée d’un marathon le lendemain… Il fera seulement 34 minutes de plus que ses 3 heures prévues avec Bruno Heubi à son plan de guerrier en vue d’un nouveau « défi », comme il dit…

Le mirmillon est toujours prêt face à toutes les situations. La magie d’une authentique sportivité est de réunir une jeune élite qui planifie comme Arnaud avec un vieil amateur qui improvise comme ma pomme… Et les bretons savent s’entendre quand il faut y aller… Sous la houlette du Président des « Intrépides du Nord », Eddy – le solide gaillard qui avale autant de pizzas que de kilomètres -, notre groupe est très plastique et éclectique. Expériences, niveaux, genres…, nous allons de l’avant ensemble avec nos différences. Même si le « dress code » qui nous unit est en harmonie avec les armoiries du dossard arborant le scutum bleu du Mirmillon, on n’est pas des bleus de la course à pied… Ce bleu va bien avec les confins de la mer et du ciel ; nos courses déplacent toujours plus avant un horizon lointain qui jamais ne s’atteint, mais jamais ne s’éteint… Objectifs reconduits dans un camaïeu aux multiples nuances de bleus…

A encore un mois d’un « défi sportif » de grande envergure, il n’y a rien à craindre d’une sortie un peu plus longue que prévue ; elle développe l’endurance, apprend à encaisser et prévenir la fatigue musculaire (meilleure utilisation du glycogène en privilégiant le brûlage des graisses…). On peut ainsi courir toujours plus longtemps en réduisant les apports nutritionnels, tout en supportant mieux les contraintes de la course. Et, à vrai dire, il ne s’agit que d’un intermède par une course relativement courte au regard de mon penchant actuel à aller vers des sorties de 100 km…

Se donner un RV matinal – 6 h 30 devant la préfecture – afin de courir à plusieurs, rend la balade plus conviviale, voire ludique, et surtout, motivante pour les moins aguerris. La sortie peut être fractionnée. C’est ainsi que j’ai accompagné Arnaud sur 23 km dans nos intarissables discussions habituelles, en l’invitant ensuite à lâcher les chevaux – j’évalue qu’après cette mise sur orbite modérée, il peut finir en 3h30 ; sans moi, le Moisan se lâche… -, cependant que je continue de serpenter gentiment sur les pistes terreuses du littoral Nord (cheval et serpent servant d’emblèmes sur le scutum bleu du Mirmillon…). Et , pour aller sur le goût prononcé envers les chiffres d’Arnaud, même si on reste dans une démarche d’entraînement, il mettra en 3h34, 11 minutes de moins qu’à son dernier marathon d’entraînement, cependant que je resterai callé sur une allure de 100 (11 km/heure, 5.30 au kilo), ce qui me fait tout de même arriver en moins de 4 heures (soit 40 minutes de plus que mon dernier marathon officiel en 3h17, 20 minutes de plus au semi, à pondérer par la nature du terrain, les dénivelés, pauses ravitos en eau, et surtout l’esprit détendu de cette sortie…) Mireille ne suivra pas loin, mais un malentendu l’aura amenée à faire près de 2 kilomètres supplémentaires – quand on aime, on ne compte pas… -, n’allant pas faire son demi-tour au bocage directement mais par la digue littorale. Eddy suivra en ayant rempli son objectif, et sans s’arrêter pour boire une mousse, un exploit… C’est Odile qui était arrivée la première, puisqu’elle avait choisi l’option semi, histoire de réactiver son titre de championne de La Réunion dans sa catégorie, avant sa proche installation en métropole.

Nous allons nous restaurer au célèbre salon de thé près du Barachois dans un convivial débriefing où tous les Mirmillons sont satisfaits de ce marathon… Solide comme un mur, demeure le Mirmillon – du latin « mur-millo », mur. Il ne craint pas ceux des longues distances (dont ce fameux mur du 35 au marathon, pas plus que celui du 75 au 100 km) et mange goulûment pour s’assurer un stock lipidique comme les ultra-fondus avertis, entre autres animaux endurants…

Il se murmure que les mûrs Mirmillons péis briseront les murs du long par un prochain « défi », comme le souligne son plus solide représentant, où il restera encore bien du chemin à faire après l’équivalent de 2 marathons… Les mirmillons y joueront une toute autre partition, pas sur un air de mirlitons : ils connaissent trop la musique des grandes bal (l) ades…

Texte et photos Daniel Guyot

 

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Daniel Guyot est le recordman absolu en termes de Diagonales achevées. En trente ans de grandes traversées depuis la Marche des Cimes, il est le trailer le plus assidu. A 60 ans, Daniel Guyot aura passé la moitié de son existence à courir après celle qui affole son palpitant depuis trois décennies. Une certaine Dame Diagonale. L'histoire de La Réunion étant intimement liée à celle de la Bretagne depuis les origines, il n'est finalement pas si étonnant que ça qu'un Breton le soit également à celles du Grand Raid.

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