Portée par ses 11 finalistes, un record, l’équipe de France a tout emporté samedi sur les vagues de Huntington Beach, en Californie (Etats-Unis).
– Elle s’impose pour la première fois en 8 éditions au classement général devant les Etats-Unis, champions sortants, et le Brésil.
– Laurie Phipps remporte la première médaille d’or individuelle de l’histoire du para surf français.
– Valentine Moskoteoc, Thomas DaSilva et Eric Dargent sont vice-champions du monde. Pierrot Gagliano et Lou Méchiche prennent la médaille de bronze.

Deuxième l’an dernier pour 195 petits points derrière les Etats-Unis, la France s’était donné les moyens de s’imposer cette fois et toujours en terre américaine. En sept éditions, toujours en Californie, les Bleus étaient parvenus deux fois sur le podium des championnats du monde de para surf. La huitième fut donc la bonne. Sur les (belles) vagues de Huntington Beach, les para surfeurs français ont démontré qu’ils étaient parmi les meilleurs au monde. Et si la chance ne leur a pas toujours sourit, Pierrot Gagliano (visuel 2) et Thomas Dasilva (visuel 1), tous deux grands favoris, n’ont pas eu les vagues pour s’exprimer et se contente des accessits, les Français sont parvenus à monter 11 fois en finale de ces Mondiaux.

L’image forte restera évidemment la victoire de Laurie Phipps (22 ans). Logique quand on voit la qualité de son surf, diablement émotionnelle quand on lit le scénario de sa compétition et de sa finale. Totalement passe au travers du premier tour de qualifications, Phipps s’est reprise au 2e tour qu’elle a survolé. La nuit dernière, elle a beaucoup tenté, a beaucoup chuté. Avant de trouver une première ouverture (4,73 pts). Mais sous la menace immédiate de la brésilienne Malu Mendes, la Landaise est allée dénicher une longue droite à 7 minutes du buzzer sur laquelle elle a placé un magnifique virage (7,33 pts). Le poing rageur, Phipps a ensuite patienté jusqu’au coup de trompe libérateur. Son titre, le premier de sa jeune carrière, est aussi le premier de l’histoire du para surf français. Il vient récompenser des heures et des jours de travail sur sa planche.

Grand favori, Thomas Dasilva (22 ans) n’a malheureusement pas eu le bonheur de trouver la bonne vague comme Phipps. Avec son guide Serge Lougarot, le jeune basque n’était pas loin pourtant. Une petite erreur sur un virage mal négocié et le titre en visuel 1 (non voyant) s’est envolé pour 0,17 point. Rageant. Déjà en argent l’an dernier, Dasilva était sorti de sa finale en larmes. Il a cette fois accepté son erreur et sait qu’il devra revenir encore plus fort pour décrocher l’or. A l’image d’un Eric Dargent (46 ans), quatre fois vice-champion du monde et qui court toujours derrière la consécration ultime.

Sans faire de bruit, mais beaucoup de vagues, Valentine Moskoteoc a réitéré son exploit de l’an dernier. A 13 ans, elle est une seconde fois vice-championne du monde en visuel 1 (non voyant). Avec son guide François Gouffrant, la jeune française a pris énormément de risques en partant sur certaines des plus grosses vagues de la finale. Et si elle reste encore loin techniquement de la Portugaise Marta Paço, de quatre ans son aînée, elle réduit la différence technique d’années en années. Comme l’an dernier, Moskoteoc s’offre la médaille d’argent qu’elle souffle à l’Espagnole Carmen Lopez. A marée haute, la finale a été plus difficile pour Juliette Mas. Du haut de ses 11 ans, la benjamine de l’équipe n’a pu s’exprimer mais elle est allée au charbon et mérite grandement sa médaille de cuivre.

Le titre, Pierrot Gagliano y a cru tellement fort que le jeune homme (23 ans) a fondu en larmes de retour sur le sable. Soutenu de longues minutes par son guide Augustin Mignerey, Gagliano a refait sa finale où, à marée haute, il n’a jamais eu une bonne vague à se mettre sous la planche. A l’inverse de Aaron Paulk (Hawaii) et Roy Calderon (Costa Rica) qui ont eu les “bombes” sur l’autre pic. Un choix de placement sur le spot qui n’a pas payé et qui lui coûte le titre pourtant très largement à sa portée. Techniquement au-dessus de ses adversaires, Gagliano peut nourrir des regrets mais peut, comme Dasilva, se nourrir de cette expérience pour revenir encore plus fort l’an prochain. Assurément, il sera un jour champion du monde.

Lou Méchiche a, elle, totalement réussi ses Mondiaux en se hissant en finale où, contre toute attente, et avec une prise de risque maximale et un surf libéré, elle a douché les espoirs de podium de la Canadienne Ling Pai pour s’offrir une médaille de bronze au goût de victoire. Avec son guide Julien Caste, elle a joué une partition tactique impeccable pour profiter de sa priorité dans les derniers instants empêchant la Canadienne de trouver la vague pour revenir sur elle.

La stratégie de compétition, Emmanuelle Blanchet l’a apprise à ses dépens. En tête de la finale kneel à 3min30 du buzzer, la Vendéenne a dégringolé à la dernière place après que la Canadienne Victoria Feige a trouvé une vague superbe puis qu’elle a commis une interférence l’éjectant du podium. Grosse déception pour “Manu” qui, toutefois, sait désormais qu’elle a les atouts pour aller chercher le titre. Cinquième l’an dernier, quatrième cette fois-ci, le podium est quoi qu’il en soit tout proche.

Le podium, Maxime Clarkin (Stand 1 messieurs) et Céline Rouillard (prone 2) l’ont tutoyé eux-aussi. Comme l’an dernier, Rouillard s’est offert une finale, logique au vu du surf proposé tout au long de la semaine. Avec son guide Johan Poncet, elle est parti sur les plus belles vagues. Il lui reste encore à travailler sa technique sur une planche magique qui lui permet de rattraper son retard. Quant à Clarkin, le petit basque de 13 ans, a fait chavirer le groupe tricolore en filant en finale avec une prise de risque remarquable et remarquée. Son esprit de compétiteur est à souligner et on le reverra bien évidemment sur les Mondiaux à venir avec une médaille d’un autre métal autour du cou.

Toutes ces performances, ajoutées à toutes les places d’honneur de l’ensemble des surfeurs de l’équipe, Top 10 individuel pour les 18 sélectionnés, permettent à l’équipe de France de devenir championne du monde des nations pour la première fois de son histoire. Une récompense pour ce groupe qui a vécu pendant 10 jours ensemble en Californie, et qui s’est construit depuis des mois autour des entraînements à répétition pour arriver au sommet. Ce titre est aussi celui de tous les éducateurs qui travaillent dans les clubs pour détecter et entraîner les para surfeurs français. C’est celui d’une vision fédérale et d’un engagement total aux côtés de l’Association Nationale Handi Surf pour un surf inclusif. Ce titre, c’est aussi celui de Fred Biscayar, le premier capitaine de l’équipe de France (2015) qui a tant œuvré pour le surf français et qui, sur son nuage, tout là-haut, a dû lever son verre pour féliciter ses amis. Lesquels lui ont rendu un hommage émouvant à chaque célébration.
On dit souvent que le plus dur n’est pas d’arriver au sommet mais de s’y maintenir. L’équipe de France est en tout cas la première nation mondiale de para surf. Elle attend maintenant la décision imminente du Comité International Paralympique d’inclure le para surf aux Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028.

Photos FFS

RÉACTIONS

Laurie Phipps, championne du monde
« Je suis vraiment très contente. Je ne réalise pas réellement. Quand tu sors de l’eau et que y a tout le monde qui applaudit, tout le monde qui est là pour te féliciter, c’est une des plus belles choses qui puissent arrivées à quelqu’un. J’ai eu tendance à jouer avec les nerfs des coachs sur mes dernières quelques séries. Je ne voulais pas casser l’habitude (rires). J’ai essayé de rester zen, de rester calme, je me disais que la bonne vague allait arriver et la bonne vague est arrivée. J’ai pris quelques mauvaises décisions mais ça a marché finalement, je suis très contente. Je me disais que ça allait arriver, je n’ai pas perdu espoir. J’ai essayé de me concentrer et d’être prête pour la bonne vague. Les dernières minutes ? C’était pas mal, il y avait plein de poissons, il y a un pélican qui est passé au-dessus de moi (sourire). J’ai essayé de penser à autre chose. Il n’y a plus eu une seule vague. C’était très agréable. Je pense que le fait que mon premier tour soit aussi catastrophique était peut-être une bonne chose. A partir de ce moment-là, je me suis dit que je ne pouvais pas faire pire. Et je suis partie dans cette optique : peu importe ce que je faisais, je ne pouvais qu’améliorer ma situation. Cette médaille est pour mes parents, pour ma famille, pour mes amis. Pour tous ceux qui m’ont encouragé et soutenus ces quatre dernières années. »

Thomas Dasilva, vice-champion du monde
« On a quand même travaillé toute l’année avec mes potes pour en arriver là. On a travaillé fort pour aller chercher la médaille d’or. Malheureusement, ça ne s’est pas fait. On n’était pas loin mais je n’avais qu’à pas faire le « tocard » et planter le rail au bottom sur l’une de mes premières droites. Mais je suis très content de ma finale. Il y avait des bonnes vagues. Serge (Lougarot, son guide) m’a envoyé sur des vagues qui ouvraient. Je n’avais pas envie de faire 3e ou 4e… Ni deuxième d’ailleurs (rires) mais bon, c’est comme ça, c’est le destin. (Sur le fait que le champion du monde a 50 ans) J’en ai marre, à chaque fois ce sont des vieux qui me battent mais bon, ce n’est pas grave. Il a été hyper fair-play à l’eau. Contrairement à l’an dernier, je n’ai pas regret ce coup-ci. On est quand même à Huntington, c’est un spot légendaire et je suis très heureux d’avoir fait une finale et d’être vice-champion du monde ici. »

Pierrot Gagliano, médaille de bronze
« Je suis déçu parce que on n’a pas eu de chance. On n’a pas eu les vagues qui sont venues à nous. C’est comme ça. J’en sors en retirant une leçon aussi. Et puis, c’est partie remise. Là maintenant, j’ai envie de prendre du temps pour moi, de surfer pour moi. Mais bien sûr que j’ai envie de continuer la compétition. On a une super équipe. Je veux être sur les Mondiaux les prochaines années. Ça s’est super bien passé avec Augustin (Mignerey, son guide). On s’entraîne tout le temps ensemble, on s’entend très bien. Il est trop fort, il me place toujours sur les meilleures vagues. Aujourd’hui, il n’y avait pas de bombes mais bon… »

Lou Méchiche, médaille de bronze
« Je ne voulais pas de la dernière place parce que ça aurait été une défaite. J’avais déjà été quatrième (il y a deux ans) et là, je me suis battue pour aller la finale je me suis battue en finale. Je suis super contente, je suis heureuse. Avec Julien (Caste, son guide), je n’ai pas lâché mon adversaire pour la 3e place. Je pense que je l’ai fait stresser, parce que moi ça m’aurait stressé. Cette médaille de bronze, elle est pour toute l’équipe de France, pour Fred Biscayar aussi, pour le Pôle espoirs et pour tous les gens que j’aime. »

LE CLASSEMENT DES NATIONS
1. France 12,406 pts
2. Etats-Unis 10,871 pts
3. Brésil 9,605 pts
4. Angleterre 8,487 pts
5. Espagne 8,363 pts
6. Australie 7,447 pts
7. Japon 6,608 pts
8. Hawaii 5,982 pts
9. Afrique du Sud 5,688 pts
10. Canada 4,849 pts
(27 pays classés)

LES RESULTATS DES FRANÇAIS
Laurie Phipps : championne du monde Stand 2 dames

Eric Dargent : vice-champion du monde Stand 3 messieurs
Thomas DaSilva : vice-champion du monde V1 messieurs
Valentine Moskoteoc : vice-championne du monde V1 dames

Pierrot Gagliano : médaille de bronze V2 messieurs
Lou Méchiche : médaille de bronze V2 dames

Guillaume Colin : 4e place Sit messieurs
Maxime Clarkin : 4e place Stand 1 messieurs
Emannuelle Blanchet : 4e place Kneel dames
Céline Rouillard : 4e place Prone 2 dames

Béatrice Duran : 5e place Prone 2 dames
Cécile Hernandez 5e place Stand 2 dames
Thomas Spetebroot : 5e place V1 messieurs
Cynthia Gonzalez : 6e place Stand 3 dames
Philippe Naud : 7e place Stand 2 messieurs
Maxime Cabanne : 7e place Kneel messieurs
Mathieu Goujon : 10e place Stand 2 messieurs

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