Malgré des performances modestes aux derniers Jeux des îles, Doriand Perclule, champion de La Réunion 2019, est bien la valeur montante du cyclisme péi. Il revient sur l’île Sœur avec de l’ambition et entend confirmer son Tour de La Réunion 2018 lors de l’épreuve reine de la saison, fin septembre.

Si d’aventure vous vous aventurez sur la route du Volcan pour immortaliser la Fournaise, ne soyez pas étonné de croiser un cycliste qui ose braver l’altitude et la fraîcheur des Hauts. Il s’agira sans nul doute de Doriand Perclule, 20 ans et champion de La Réunion depuis mai dernier. L’espoir 1re année du CC Saint-Louis y monte régulièrement pour y parfaire sa condition et tester son organisme à l’altitude. « On respire moins bien, on ne peut pas répéter les efforts comme en plaine, explique-t-il. Mais lorsque vous redescendez, vous sentez tout de suite la différence. »

C’est sans doute grâce à cette minutie dans la préparation que le Réunionnais, né à Vitry-sur-Seine de père réunionnais – né au Port – et de mère métropolitaine – une Merlot avec « t » comme dans le célèbre cépage – a bousculé la hiérarchie locale, s’adjugeant les lauriers de champion de La Réunion sur route et sur le contre-la-montre individuel. « Le championnat était dessiné autour d’un parcours vallonné, dans les hauts de Saint-Benoît, vers Takamaka, détaille-t-il. J’avais déjà de bons résultats en espoirs. On s’est retrouvé à quatre devant avec Arthur Vatel et Julien Chane Foc, des coéquipiers, et Paul Rivière. Et je l’ai emporté. » Aussi simple que cela…

Révélé lors du Tour 2018

Ses résultats locaux n’ont fait que confirmer ce qu’on devinait déjà l’année dernière à l’aune des places d’honneur compilées durant le Tour de l’île cycliste. Doriand était passé à un  cheveu de la victoire au Tampon, – « j’ai levé la main trop tôt » – et s’est également classé deuxième au Barachois. Quatrième du chrono individuel, il avait échoué aux portes du Top 10 et était désigné par les observateurs comme un digne successeur de Julien Souton, désormais dijonnais, David Rivière, aujourd’hui chez Loudéac, voire Donavan Grondin ou Lorrenzo Manzin, Doriand demeurant toutefois dans l’île pour au moins une saison encore.

Car le Saint-Pierrois – il réside à la Ravine des Cabris – suit parallèlement une scolarité sans tache en Staps au Tampon, spécialité APA (activités physiques adaptées) et se destine à aider les « cabossés de la vie », victimes d’amputations ou de handicaps divers, à surmonter le destin. « Ça m’est venu comme ça, explique-t-il. Je ne désirais pas suivre une filière trop générale et me spécialiser rapidement. Mon ambition, après la licence et le master, est de partir en métropole pour trouver du travail dans des cliniques spécialisées et de continuer à pratiquer le cyclisme de haut niveau. »

Avec un tel plan de carrière en tête, inutile de préciser que le Sudiste sait où il va après avoir tracé son chemin au sein d’un peloton qui ne l’a vraiment adoubé que ces deux dernières années. « J’ai commencé le cyclisme à 10 ans, se souvient-il, à Saint-Louis, avec André Pellegrin, Giovanni Gonthier et Florian Cadena. Sans doute grâce à mon père, ancien triathlète. C’était dur au début, je n’avais pas tellement de résultats. J’ai commencé à me faire connaître en junior puis chez les espoirs. Je possède un petit gabarit, je pèse 50 kilos en poids de forme et  je suis, comme on dit, passe-partout. Je préfère les courses par étapes aux courses d’un jour et je suis à l’aise dès que la route monte. »

Bloqué au départ du contre-la-montre !

Toutes caractéristiques qui ont incité les techniciens locaux à inclure Doriand, à peine 20 ans, dans la sélection de La Réunion partie défier les Mauriciens sur leurs terres, en juillet dernier lors des Jeux des îles. Las, l’aventure a tourné au cauchemar malgré l’or de Sébastien Elma dans le chrono individuel. Battue de quelques secondes lors du contre-la-montre par équipes, l’équipe de La Réunion a « fait Fanny » dans l’épreuve en ligne, ses cinq représentants se faisant lâcher d’entrée par le quintette mauricien. « Dans la course par équipes, détaille Doriand, Arthur cède, on se retrouve à quatre et on fait jeu égal avec les Mauriciens. Malheureusement j’explose et on termine à 30 secondes. Lors de l’épreuve en ligne, pendant que les Mauriciens s’échauffaient sur leur home trainer, on ne nous a autorisés à le faire que quelques minutes, sous la pluie, et sur un parking. Les Mauriciens ont attaqué d’entrée et nous ont lâchés. Et dans le contre-la-montre individuel, on me dit d’aller patienter dans le bus, alors que je devais prendre le départ. Je pars avec une minute de retard, je reviens fort avec un temps intermédiaire canon, mais je termine à 40 secondes. C’est rageant tout cela, mais ça me donne de l’expérience pour les prochains Jeux… »

L’avenir immédiat pour Doriand Perclule, aidé par les magasins spécialisés Happy Bike et Réuni Cycles, se conjugue avec le mot « Tour ». Tour de La Réunion, du 14 au 22 septembre, où le Saint-Louisien espère encore progresser. Et d’abord le Tour de l’île Maurice, début septembre, avec une équipe bâtie pour la gagne, composée normalement de Julien Souton, André Pellegrin, Arthur Vatel et Julien Chane Foc, en plus du champion de La Réunion. « On y retourne cette fois avec la ferme intention de ne pas se laisser faire. On  visera la victoire. » A bon entendeur…

Textes: Jean Baptiste Cadet
Photo: Pierre Marchal

Rate this post
   Envoyer l'article en PDF   
Article précédentBertrand Robert is back
Article suivantSurf : les Réunionnais au Japon
Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

LAISSER UNE RÉPONSE

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici