Près de 30 heures de course, un vent fantôme, des courants qui s’inversent, des cailloux partout. Et au bout, une ligne d’arrivée qui semblait reculer à mesure qu’on s’en approchait. Voilà le décor de cette troisième étape offshore du Tour Voile 2026, initialement prévue jusqu’à Camaret-sur-mer mais finalement écourtée à la marque « Le Four ».

Une épreuve où l’Équipage La Réunion — Aurélien Barthélémy, Lorenzo Palazzi, Flavie Foucher et Jules Ducelier — a fait parler sa maîtrise tactique et sa solidité collective pour s’imposer devant Région Bretagne – CMB Espoir. Oubliez les grandes stratégies météo et les calculs de routage sophistiqués.
Sur cette étape, c’est le littoral breton lui-même qui a distribué les cartes. Chaque pointe, chaque baie, chaque rocher est devenu un piège ou une opportunité.
Le courant, tantôt allié, tantôt ennemi, a imposé sa loi aux neuf équipages engagés.
Jules Ducelier, stratégiste embarqué pour l’occasion, résume l’exercice :
« C’était du pur Tour de France à la voile. Du jeu dans les cailloux à se cacher des courants ou profiter des courants favorables, et puis profiter de chaque petit effet de pointe ou de baie sur le vent pour avancer vers l’arrivée. C’était vraiment plus de la connaissance et de l’adaptation au terrain que de la météo pure. » Arrivé jeudi soir seulement, ce Figariste chevronné a apporté son expertise et son sang-froid à un équipage déjà bien rodé. Sa méthode ? Anticiper l’imprévisible. « Quand on prépare une course comme ça, on sait que ça ne se passera pas comme c’est prévu. On prépare des plans A, des plans B, des plans C et des plans Z en fonction de ce qui peut éventuellement se passer. »

Un duel au centimètre avec CMB Région Bretagne

Dès le départ de Plérin, l’Équipage La Réunion prend les devants. Mais très vite, un adversaire refuse de lâcher : CMB Région Bretagne, plus rapide en ligne droite, revient au contact.
Aurélien Barthélémy, raconte cette lutte à couteaux tirés :
« Ils allaient 0,6 nœud plus vite que nous en moyenne, tout le temps. Ils sont revenus, ils nous ont collé sur toute une séquence. Et là, le jeu tactique et stratégique dans les cailloux a commencé. Un peu de jeu mental aussi : savoir qui va accepter de prendre le plus de risques ou pas. C’est un peu celui qui va mettre sa quille le plus proche de l’obstacle. »
Mais la nuit va rebattre les cartes. Quand le vent tombe complètement, les deux équipages optent pour des trajectoires légèrement différentes
Cette fois, c’est La Réunion qui fait le bon choix.
« C’était un peu nouveau départ, une nouvelle lutte d’égalité. Et à ce jeu-là, c’est nous qui avons pris l’ascendant. On a mis de l’écart en début de nuit. Et après, on n’a fait quasiment que le creuser jusqu’au petit matin. »

Moment surréaliste au petit matin. Le vent est si faible que les bateaux n’arrivent plus à contrer le courant. Solution ? Jeter l’ancre. Une première pour Aurélien Barthélémy.
« C’est la première fois que ça m’arrive de mettre un bateau au mouillage en course. Le vent ne nous permettait pas d’avancer dans le courant.
Donc on s’est arrêtés, on a attendu un peu que le vent revienne. On a pris le temps de manger, prendre un petit déj, se brosser les dents, se faire une petite fraîcheur… et puis on est reparti en course. »
Vingt minutes de pause forcée, à quelques milles de l’arrivée. Les Bretons font de même. La course reprend, toujours aussi indécise.

À l’avant du bateau, Lorenzo Palazzi a enchaîné les manœuvres toute la nuit. Spi,gennaker, re-spi, re-gennaker… Dans ces conditions de transition permanente, impossible de relâcher l’attention
« Techniquement, ce n’est pas très dur à réaliser dans le sens où il n’y a pas de vent.
Mais il faut rester vigilant tout du long et tout le temps. Ce n’est pas parce que t’es sous spi que tout se passe bien, que dans dix minutes ça sera la même chose. Il faut toujours être un peu sur le qui-vive. »
Malgré la tension nerveuse, l’ambiance à bord reste au beau fixe. Lorenzo insiste :
« On s’est bien marré encore. De toute façon, chaque étape, chaque offshore, chaque jour, avec toute l’équipe, on rigole bien. »
Et la victoire ? Elle compte au-delà du simple plaisir. « Ça va faire du bien au classement »

Flavie Foucher : baptême offshore réussi

Pour Flavie Foucher, 20 ans, cette étape représentait une grande première : son tout premier offshore, seulement sa deuxième navigation sur Figaro. Un saut dans l’inconnu qu’elle a abordé avec curiosité et détermination.
« Fatiguée mais ça va. C’était une découverte à fond. J’ai appris plein de trucs, donc je suis contente. En plus on gagne, donc que du positif. Même si ça pouvait être des fois un peu difficile pour les nerfs. »
Issue de l’Optimist, du 420 et du match racing, elle a su transposer ses compétences :
« Une fois qu’on sait faire sur un bateau, il y a pas mal de trucs qu’on sait faire sur un autre bateau. Après, il y a des trucs bien spécifiques et là je demandais. On m’expliquait assez rapidement et facilement. Même si des fois je pouvais être un peu perdue, je demandais et ça se passait bien. »
Aurélien Barthélémy confirme son apport : « Flavie a été très bien à la barre sur les phases plus calmes. »

Une victoire d’équipe, une dynamique intacte
Au passage de la ligne, le soulagement se mêle à la fierté. Aurélien Barthélémy ne cache pas son émotion :
« Très content. Soulagé parce que c’était une manche très longue en durée. On a passé quasiment trois heures à s’approcher de la ligne d’arrivée à très basse vitesse sur le fond à cause du courant. Et avec toujours cette petite appréhension : les adversaires peuvent revenir par derrière. »
Mais c’est surtout la performance collective qui le rend fier :« L’équipage a été très pertinent. On était plutôt bons techniquement sur toutes nos manœuvres. Lorenzo a bien joué son rôle de numéro 1. Avec Jules, on s’est relayés à la barre et au réglage.
On sait très bien que la victoire a à faire avec la présence de Jules à bord, qui est un des meilleurs figaristes du moment. Je suis content d’avoir partagé la victoire avec un très bon copain. »

Et maintenant ?
Cette victoire d’étape conforte la confiance de l’Équipage La Réunion.
Cap sur la suite de l’aventure. Le bateau « La Réunion » a prouvé ce lundi qu’au-delà de la vitesse, c’est la patience, l’intelligence tactique et la cohésion qui font les victoires.

Photos Jean Marie LIOT

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