7e dan Shihan – même rang que Mutusuko Minegishi –, Philippe Gouttard retrouve des élèves qu’il a formés à l’occasion du 1er meeting de l’océan Indien d’aïkido, qui s’est déroulé fin novembre à l’initiative de l’aïkido club de Saint-Pierre.

Philippe Gouttard, que ressentez-vous lorsque vous retournez dans l’île, comme à l’occasion de ce meeting de l’océan Indien ?

Les gens de la première génération ont formé les aïkidokas actuels et les progrès sont énormes. N’oublions pas que les difficultés de déplacement, ici à La Réunion, rendent le processus d’évolution dans la discipline plus difficiles qu’ailleurs. Or la progression est permanente grâce à des éducateurs comme Stéphane Ethève ou Yannis Hoareau qui ont contribué, comme d’autres, au développement remarquable de l’aïkido à La Réunion.

Qu’est-ce qui distingue l’aïkido des autres arts martiaux, outre le fait que la compétition y est absente ?

Dans une situation imprévue, on doit trouver les gestes naturels, sans être agressif, afin de répondre et travailler avec des personnes que l’on ne connaît pas. L’autre n’est pas un adversaire, mais un partenaire avec lequel un travail d’écoute et de respect est indispensable.

On dit que l’aïkido, eu égard à cette philosophie atypique, est réservé à une élite. Qu’en pensez-vous ?

Des gens simples, tout à fait ordinaires, pratiquent l’aïkido. C’est vrai que la discipline requiert une structuration de la pensée assez inhabituelle. On réfléchit à ce que l’on fait, pourquoi on le fait. Il existe une démarche intellectuelle certaine mais cela n’empêche pas que des personnes sans réelle culture y arrivent très bien. N’oublions pas que l’individu n’est pas isolé, qu’il profite du travail des autres. Quand quelqu’un prend un garde, c’est tout le groupe qui progresse.

Combien de temps faut-il pour devenir un aïkidoka ?

Il est très difficile et très long de former des gens. Pour bien comprendre cette discipline, je dirais qu’il faut entre dix et quinze ans. Au fil des années, on doit faire appel à une mémoire corporelle qui vous met de plus en plus à l’aise sur le tapis et vous permet de vous adapter à toutes les situations.

Projet india-océanique

Le projet a mûri et deux ans après il s’est concrétisé : l’aïkido club de Saint-Pierre a réussi son pari avec ce premier meeting de l’océan Indien qui se poursuit jusqu’au 4 décembre à l’île Maurice. Philippe Gouttard et Mutusuko Minegishi, alerte Japonaise septuagénaire vivant sur l’île de Guam, sont tous deux 7e dan. Ils ont été rejoints par des Mauriciens, des Sud-Africains, une Italienne, deux Allemands et un aïkidoka venu de métropole pour compléter des stagiaires qui, chaque soir, étaient au nombre d’une cinquantaine, principalement dans le Sud, toutes fédérations confondues, ce qui réjouit d’autant plus les organisateurs.

« Nous avons eu le soutien de la mairie de Saint-Pierre pour un événement qui n’était pas fédéral, commente Stéphane Ethève, de l’AC Saint-Pierre. Avec une excellente couverture médiatique. Cela nous conforte dans nos choix. Nous avons le projet de déplacer l’événement dans deux ans, certainement à l’île Maurice, avec une trentaine d’enfants sud-africains accompagnés de parents. Nous désirons établir une connexion forte l’île Maurice, Madagascar et l’Afrique du Sud et nous rapprocher de l’Inde et de Singapour afin que la zone soit un point de convergence des aïkidokas. »

Propos recueillis par Jean Baptiste Cadet
Photos : Roland GERMSER/SAGA STUDIO PROD

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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