Le champion de La Réunion enduro 2017, juste de retour au pays après une douzaine d’années en Provence, a magnifiquement rendu hommage à son père, Thierry, à qui il doit tout.

Romain Laurens, lorsqu’il s’était confié à son ami William, juste avant son retour de métropole, ne pouvait pas savoir que son souhait avait valeur de prédiction. « Lorsque, en 2015, j’ai décidé d’arrêter le motocross, j’avais dit à cet ami qu’il me manquait un titre, celui de champion de La Réunion. Parce que mon père, Thierry, n’avait jamais été champion de La Réunion [mais a été champion de France de moto vitesse, a participé au Paris Dakar et a été membre de l’équipe de France de l’armée de terre]. Et je voulais saluer sa mémoire de cette manière, lui rendre un hommage posthume. »

Ce « Graal », le pilote saint-joséphois l’a atteint deux ans plus tard, en 2017 donc, au guidon de sa Yamaha YZF 450, grâce d’ailleurs d’une certaine manière à William, l’ami qui avait accompagnait Romain dans l’île pour des vacances en décembre 2016. « Le patron d’un magasin me propose de rouler pour lui. Je me dis que relever ce challenge est un sacré défi. Le 5 février 2017, je suis de retour dans l’île, je n’ai pas touché une moto depuis deux semaines, avec l’organisation de mon déménagement de métropole, et je remporte le titre quelques mois plus tard. »

Romain est déboussolé après le décès de son père

Dans la foulée, il rencontre sa future épouse et, mi-2018, il est papa. A 29 ans, la boucle est bouclée. Romain Laurens est de retour à Saint-Joseph, dans la maison qui l’a vu grandir, pas très loin des terrains d’entraînement de Langevin où, à l’âge de trois ans et demi, son père l’a assis pour la première fois sur une moto. « Je ne m’en souviens plus, mais ce dont je me souviens très bien, s’amuse-t-il, c’est la chute dont j’ai été victime à l’âge de 5-6 ans. J’en garde d’ailleurs une cicatrice à la joue. » La vie d’un pilote est jalonnée de sensations, de chutes, de joies et de déboires. En la matière, le Réunionnais a été verni. « La vitesse, la pression les jours de course, c’était ma motivation. »

D’abord l’ascension. C’est à 17 ans que Romain débarque en Provence, à Velaux, à 20 km d’Aix-en-Provence et 35 km au nord de Marseille, où il est accueilli par sa grand-mère. « J’y allais pour passer un bac pro mécanique. Le temps de m’installer et de prendre mes marques, je me remets sérieusement à la moto que l’année d’après, où je suis remarqué lors d’un motocross et j’effectue un stage de sélection en équipe de France. » En 2009, il participe au championnat d’Europe où il termine dans le Top 10 après avoir remporté des spéciales chronométrées. Parallèlement, il remporte le trophée méditerranéen de motocross avec l’équipe de France. Couvé et chaperonné par son père Thierry qui n’hésite pas lui faire parvenir une machine pour lancer ces débuts tonitruants.

Cette entrée en fanfare lui ouvre des portes, notamment celles d’un team en 2010 où il peut s’entraîner durant tout l’hiver et être accompagné par une équipe de préparateurs et de mécaniciens. Cette semi-professionnalisation porte ses fruits. Romain termine à la quatrième place du championnat de France Elite. Il dispute les championnats du monde en Espagne et au Portugal, s’installe dans le Top 10 et emporte « trois ou quatre spéciales ». Las. En octobre, « au moment où j’avais deux contrats à signer avec de grosses écuries, mon père décède », laissant Romain dans le désarroi le plus total. « Je ne savais plus trop quoi faire. Quand je suis rentré à Marseille après l’enterrement à La Réunion, je n’avais plus aucune envie. »

L’expérience avec Beta tourne court

Une nouvelle chance s’offre au pilote réunionnais. « J’obtiens in extremis un guidon chez Beta Italie avec un mécano à disposition. » Malheureusement, il ne parvient pas à glaner des résultats probants en championnat de France enduro. Romain s’aligne sur les classiques, des épreuves au format particulier où plus de 600 pilotes peuvent se retrouver sur la même ligne de départ. « Je termine 3e en Elite 2 en emportant le cross final devant des pilotes aussi renommés que Pierre Alexandre René, dit Pela. » « Le problème, regrette Romain, c’est que l’équipe italienne a fait valoir qu’elle ne me payait pas ce type d’épreuves, différentes du championnat classique. Je n’étais pas rétribué, j’ai donc décidé d’arrêter avec eux. »

Le Provençal revient, de 2012 à 2015, à ses premières amours en championnat régional. « J’y termine à chaque fois dans le Top 6 ou le Top 10. » La tuile survient en 2014. Une chute a pour conséquence une rupture des ligaments croisés du genou et une double luxation des épaules. Et en 2015, perclus de douleurs, Romain Laurens décide d’arrêter la compétition de haut niveau. « Pendant deux ans, de 2015 à fin 2016, je n’ai plus touché un guidon. Je passais tous mes loisirs à la pêche ! » Comment expluque-t-il cette cassure brutale ? « Je n’avais plus besoin de tout ça, c’est tout. Je voulais simplement avoir une vie normale, travailler normalement. »

Survient l’épisode du retour dans l’île en vacances et de la proposition de Gom2roues. Un challenge brillamment relevé, on l’a vu. Mais Romain Laurens n’est pas au bout de ses déboires. En 2018, en même temps qu’il prend part au championnat de La Réunion, il monte une structure compétition basée sur une aide accordée aux jeunes en compagnie d’un associé. L’aventure tourne court. « Nous avons pris nos distances, se contente d’expliquer Romain. Je me suis ensuite de nouveau blessé à l’épaule, alors qu’on était en bagarre en championnat dont je remporte la finale. Disons que cette année m’a également permis de relativiser. »

La « coolitude » à La Réunion

Un moment découragé, le Sudiste s’aligne à nouveau dans le championnat 2019. Et, ô surprise, il remporte la première manche au Petit Tampon au guidon de sa Yamaha. Et ne lui dites pas qu’il a profité des circonstances – chutes et déboires mécaniques – de ses concurrents directs, Pascal Dorseuil, Guillaume Baillif, Timothée Hoareau, Richard Mondon et autre Dylan Técher. « J’ai gagné en respectant tous mes adversaires et en menant ma course intelligemment. C’est vrai que lorsque Baillif s’est accroché, il y avait un boulevard devant moi. Mais c’est la course. »

Romain Laurens vole-t-il vers un nouveau titre ? L’intéressé élude le propos. « Je ne considère pas l’environnement local des courses identique à celui de la métropole. Ici, ça n’a rien à voir. A la limite, ça n’est pas de la compétition au sens ultime. Ici, c’est un vrai plaisir de courir. On se retrouve tous, famille, mécanos, sous une même tente. En métropole, il y a le stress de la compétition, la fatigue du voyage – j’ai déjà parcouru en un week-end plus de 2000 km – la préparation de la moto. Ici tout est plus simple. » Est-ce à dire que l’ex-créopolitain ne repartira plus jamais en métropole ? « Il ne faut jamais dire jamais. Mais ma vie est ici désormais. Certes, j’ai un frère, Gauthier, installé en métropole, et mon autre petit-frère, Quentin, qui vient d’ailleurs de passer des vacances dans l’île. Mais ici je m’amuse énormément. » Le tout est dit avec cette pointe d’accent inimitable et typique du Marseillais qu’il a été pendant plus de dix ans…

SIGNATURE
Jean Baptiste Cadet

SOUS-TITRE
Roamin Laurens, 30 ans, champion de La Réunion motocross MX 2017

   Envoyer l'article en PDF   
Article précédentPatrick RAMIDGE-BANE | En première ligne
Article suivantChloé ISAMBERT | Accro à la synchro
Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

LAISSER UNE RÉPONSE

S'il vous plaît entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici