Maradona est mort. Ce n’est que du football, certains diront. Mais quel joli football justement !

C’est ce football de rue, c’est le sport du pauvre, de la favelas, celui qui respire le bitume humide et ses petites cahutes délabrées. Celui-là même où petit tu joues pieds nus avec les amis d’école.

C’est ce football qui aide à s’en sortir lorsqu’on est touché par la grâce, parce que dans ces milieux défavorisés tu n’as pas vraiment d’autre choix que d’y arriver.

C’est ce football qui fait dire à enfant « Je veux jouer la Coupe du Monde et la gagner » et qui quelques années plus tard deviendra réalité. Ce même enfant qui marquera deux buts géniaux face à l’Angleterre. Le premier de la main comme représaille en souvenir de la guerre des Malouines. Le deuxième en dribblant ¾ de l’équipe adverse. Un but pour le diable et un autre pour le paradis.

C’est ce football passion aussi. On joue, on s’amuse avec le ballon, on s’entraîne, on dispute des matchs toujours avec le sourire. L’art de transformer sa passion en métier. On ne tire pas la tronche en descendant du bus avec son casque audio soudé aux oreilles dans ce football.

C’est ce football du respect et des compromis. Du respect du maillot, de la ville et de ses supporters. Le respect de l’homme qui va suer sang et eau, se tuer à la tâche pour payer sa place dans ce stade. On ne quitte pas un club comme on quitte une entreprise dans ce football. Il y a des hauts et des bas, on se rabiboche. On ne fait pas d’esclandre à chaque fin de saison pour gagner plus que son voisin dans ce football.

C’est ce football qui rappelle qu’un footballeur reste un être humain. Et c’est grâce à ces mêmes raisons que nous pouvions nous identifier aussi facilement. Les excès Maradona, le coup de poing de Cantona à un supporter fasciste etc…

C’est ce football engagé. Car tout est lié. Devanture d’un mal être et d’un malaise social. Politisé à l’image de ce même Maradona, Socrates, Cantona (pour ne citer qu’eux). Ce football qui pointe les injustices et vient en aide aux plus démunis. Le football du peuple. On forme des comités, on n’hésite pas à rentrer sur le terrain avec une banderole militante.

Tout cela bien loin de son frère ennemi qu’est le football moderne. Des Clubs devenus de grosses entreprises, s’intéressant bien plus aux profits qu’aux résultats. On baptise des championnats du nom d’une banque ou d’un fabriquant de pizzas. On ne construit plus des stades mais de gigantesques centres commerciaux autour d’un terrain tout en s’assurant que ce bon spectateur ira dépenser ses quelques deniers. On fabrique des idoles aux nouvelles générations en basant le tout sur le pouvoir de l’argent, le succès, la gloire. Des idoles lisses et sans défauts. Un miroir trompeur pour une génération trompée.

Un football qui ne me correspond plus.
Rendez-nous notre football, rendez-nous notre Maradona.

Fardelas Estevez

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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