Jean-François Beaulieu a vécu de nombreuses éditions des Jeux des îles de l’océan Indien aux premières loges. Souvenirs.

Président du Cij (conseil international des Jeux des îles) de 2004 à 2007, Jean-François Beaulieu, 69 ans le 29 avril, a longtemps dirigé le mouvement sportif réunionnais à travers le Cros. Il a désormais pris du recul, laissant Thierry Grimaud – vice-président – et Monique Cathala – présidente – en haut de l’affiche. Il s’est récemment investi dans l’éducation populaire en devenant président du mouvement des associations de La Réunion qui permet aux collectivités de s’engager dans des actions spécifiques de la vie associative. Il revient pour nous sur son engagement dans la vie associative réunionnaise à travers quelques anecdotes savoureuses vécues au fil des Jeux des îles, grand rassemblement du sport indo-océanique. Tout sauf un long fleuve tranquille…

Jean-François Beaulieu, vous avez été confronté, en tant que dirigeant sportif, à des situations de crise, notamment durant les derniers Jeux des îles.

Cela ne date pas des derniers Jeux. A chaque rendez-vous, il y a eu une crise à gérer. Ainsi en 1979, lors des premiers Jeux à La Réunion, on a frôlé, déjà, l’incident diplomatique entre les Comores et La Réunion en basket. J’étais président de la Ligue. Les Comoriens n’ont pas voulu jouer dans le gymnase flambant neuf de Champ-Fleuri. Nous nous sommes rabattus sur le stade de l’Est, qui, à l’époque, n’avait pas de gymnase et se résumait à un plateau noir et des tribunes. C’est Yvan Mainini, futur président de la fédération, qui arbitrait. Les Réunionnais n’ont pas voulu participer. A quelques minutes du coup d’envoi, une pluie s’abat sur le stade. Match annulé. Le conseil des Jeux a donné match perdu à La Réunion. Les Comores ont remporté l’or.

On sentait déjà poindre les futurs incidents entre les Comores et La Réunion…

Pas seulement entre ces deux pays. En 2007, à Madagascar, il y a eu un énorme clash, toujours en basket, entre Madagascar et les Comores qui se disputaient un joueur ayant a priori la double nationalité. Les Jeux des îles, c’est l’alignement des planètes sportive, politique et financière. Par exemple, pour les Jeux aux Seychelles en 2011, un moment compromis faute de budget, j’ai persuadé le gouvernement seychellois qu’on pouvait réaliser des recettes conséquentes alors qu’elles n’avaient pas été budgétées au départ. Au final, ces Jeux ont dégagé des bénéfices !

« On n’a plus d’autre vie »

Pour vos derniers Jeux à la tête du Cros, à La Réunion en 2015, comment, rétrospectivement, analysez-vous la crise entre les Comores, Mayotte et La Réunion ?

Il y eut d’abord l’affaire des visas comoriens puis le fait de savoir sous quelle bannière les Mahorais défileraient. Enfin le clash des Comores. Et ne croyez pas qu’une fois terminés, ces Jeux sont oubliés. Nous avons dû régler tous les problèmes liés aux impayés. Quand on s’occupe d’une telle organisation, on n’a plus d’autre vie. On vit les Jeux à 100 %. Tous les jours, je rencontrais le préfet pour un point de la situation. Plusieurs mois après, on doit encore régler les problèmes. Comme par exemple la remise du drapeau à l’île Maurice, qui organisera cette année [ndlr : du 19 au 29 juillet], et qui voulait absolument se voir remettre officiellement ce drapeau alors qu’il était aux Comores. Les Mauriciens se sont confectionné eux-mêmes le drapeau des Jeux ! En 1979, c’est l’Etat français qui avait pris en charge l’organisation d’une telle manifestation. En 2015, ce n’était l’affaire que de bénévoles. Les temps changent.

Est-ce pour cette raison que, sans quitter le monde associatif, vous vous êtes mis en retrait ?

Confronté à tous ces problèmes, on ne parvient pas à prendre plaisir sur les terrains. J’ai choisi de continuer dans l’éducation populaire car il y a beaucoup à faire. Le 21 décembre 2017, nous avons signé une charte nationale des engagements réciproques avec le préfet, les EPCI et l’association des maires notamment. Nous sommes désormais l’interlocuteur privilégié de l’Etat pour tout ce qui touche la vie associative. Nous sommes la seule entité outre-mer dans ce cas. Et le 8 juin 2018, nous avons remis au Premier ministre Edouard Philippe cette charte nationale qui sort du flou la vie associative.

Interview: Jean Baptiste CADET
Photo: Pierre MARCHAL

LÉGENDE
68 ans, secrétaire adjoint du Cros, président du mouvement des associations de La Réunion

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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