Frédy Dambreville, bardé de ses huit diplômes d’enseignant des arts martiaux, est un touche-à-tout vibrionnant sur la vague des disciplines pieds-poings. Sans oublier qu’il est, pour le grand public, le « Monsieur Loyal » des galas qui se terminent fort tard…

C’est un véritable caméléon des rings. Pouvant se muer en professeur intransigeant, en speaker exubérant, en clown triste ou en « kassèr lé kui » de premier ordre. Frédy Dambreville – un accent aigu et un seul « d », à la différence du cultissime Freddy Krueger – ne possède pas sept peaux – kaf na sèt po – mais bien huit diplômes différents, tous accrochés au mur du dojo régional de Champ-Fleuri, telles les médailles militaires de Staline et autres dictateurs patentés. Le raccourci le fait éclater de rire, car le quinqua – il 56 ans – rappelle que ses détracteurs le stigmatisent en le qualifiant d’usurpateur… « Capitaliser autant de diplômes d’Etat et de grades, c’est impossible, disent-ils. »

La liste est longue, en effet, et non exhaustive : brevet d’Etat de boxe anglaise au milieu des années quatre-vingt-dix ; ceinture noire 7e dan de kick-boxing, professeur fédéral et cadre formateur ; médaille du bénévolat de la vie associative de la ville de Saint-Denis en 2005 ; juge arbitre de muay thaï, gradé « khan », moniteur fédéral, instructeur fédéral ; moniteur fédéral de pancrace en 2008 ; instructeur de lutte contact en 2004 ; ceinture violette de jiu-jitsu brésilien, instructeur fédéral en 2010 ; ceinture noire de MMA remis par la commission nationale MMA le 28 juin 2010, diplôme national de moniteur MMA le mois suivant ; ceinture noire de sambo défense ; sans oublier les titres régionaux de combattant de boxe anglaise, boxe américaine, kick et j’en passe…

La magie de l’octogone

Frédy Dambreville est tombé dans la marmite des sports pieds-poings dès l’âge de 8 ans et, au fil de ses rencontres, a été confronté à des révélations. De celles qui vous changent un homme. Ou du moins qui infléchissent le cours de sa vie. Sa rencontre avec la boxe anglaise et Yves Arrighi lors de sa scolarité au Butor. Après l’univers feutré des katas d’Alix Mazaka et des frères Chan Liat, leurs secrets bien gardés derrière les tentures du dojo des sapeurs-pompiers de la rue Maréchal-Leclerc, c’est le coup de poing du Noble art qui frappe le petit Frédy. « Le gars la totoche à moin, raconte, encore incrédule, le pratiquant de shotokan. Je me suis dit, pourquoi, comment c’est possible. Je me suis senti démuni. J’ai voulu comprendre. »

Comprendre et apprendre. La recherche de l’efficacité guide sa quête auprès de M. Lauret-Stepler, apôtre de la boxe américaine péi à la Cour des Arts. « Je me sentais déjà mieux », affirme Frédy, qui choisit dans la foulée le full contact et ses pantalons à la Chuck Norris dans « La Fureur du dragon ». Or les coups n’étaient pas portés en dessous de la ceinture. Pas assez pour notre fighter en herbe. « Le kick arrive, le short, les frappes aux jambes, les low kicks, les middle. Quand le kick débarque, la boxe américaine trépasse. » Et quand le muay thaï s’annonce, c’est le kick qui tremble sur ses bases : « L’aspect très violent de cette spécialité, sorte de mix entre la boxe et la lutte, l’influence de Canal Plus qui a accompagné son essor, tout ça me porte. »

Frédy est aux anges. Alors, quand l’UFC renverse les tables avec son octogone, sublime invention de la famille Gracie pour mettre en avant le jiu-jitsu brésilien, « personne n’a rien compris », s’exclame le converti à la cage. « Voir Royce Gracie défier tous ces gars plus lourds que lui, lui en kimono qui ne donne pas un coup mais qui gagne tous ses combats par soumission, c’était hallucinant. C’était une notion nouvelle. Et je me suis immédiatement dit : il faut apprendre à connaître ça parce que ça c’est la synthèse de tout. Il faut être bon partout, debout, au sol, avec les poings, avec les clés, en projetant, en frappant. C’est le cocktail idéal. Et ça a remis les choses d’équerre. »

Maîtriser les trois incertitudes du combat

Notre homme est de tous les stages, de toutes les sessions de formation. « J’ai toujours été à la recherche de ce qui marche en combat réel. Car j’ai été très tôt guidé par les trois incertitudes du combat : quand va-t-on me toucher, avec quelle arme et à quel endroit. Quand on maîtrise ces trois incertitudes, c’est-à-dire quand on peut répondre efficacement face à une situation urgente et nouvelle, alors on a tout compris. En une fraction de seconde, on apporte une riposte adaptée à une situation qui est située en dehors de notre zone de confort. Tout en restant humble. » C’était il y a à peine dix ans et Frédy Dambreville avait vu la lumière devant lui.

Désormais, il dispense ses cours de MMA et de self-défense au Dojo régional, côtoyant des judokas dont il loue la soif d’apprendre – pour certains d’entre eux – ces nouvelles techniques de combat. Et prodigue à qui veut l’entendre ses conseils en matière d’organisation de gala. « Je suis quelqu’un de méthodique qui aime transmettre. Et quand j’ai des élèves aussi réceptifs que Mad ou Saïd [respectivement dirigeant des clubs de la Source et du Bas de la Rivière Saint-Denis], je suis heureux. » A tel point que les trois compères rejoignent ce jeudi l’île aux Parfums pour un premier gala inédit en terre mahoraise, samedi soir, sous la houlette de Bacar, organisateur sur place. « On a monté un petit Lumpinee à Reydellet et à Bellepierre avec des galas de quartier qui font le plein de spectateurs et de spectacle. On espère faire de même à Mayotte.»

A défaut de combattre, désormais, Frédy Dambreville se réalise sur le ring, micro en main, haranguant les boxeurs, chauffant les spectateurs, comme Michael et Bruce Buffer, les voix mythiques de la boxe anglaise et de l’UFC, entonnant leur célèbre « Let’s Get Ready To Rumble !!! » « J’exprime ma passion sur le ring, je vibre avec les combattants. C’est toute cette émotion que je fais ressortir. C’est le même plaisir que j’éprouve quand j’enseigne et je vois progresser mes élèves. » Tous ses élèves, les siens aux Ulis à l’école élémentaire chez les marmailles porteurs de handicaps. Comme ceux du Dojo régional. « Avec le même souci de leur faire profiter de mes compétences. » Grâce à toi, Frédy…

Texte : Jean Baptiste Cadet
Photos : Pierre Marchal

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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