Daniel Sangouma, natif du Chaudron, revient sur les faits marquants d’une carrière bien remplie. Il compare le 100 mètres à une partition musicale la plus parfaite possible.

Le directeur de l’office municipal des sports de Saint-Denis, Daniel Sangouma, peut s’enorgueillir d’être le premier Réunionnais médaillé – relais 4×100 en bronze – aux jeux Olympiques (Séoul, 1988). A son tableau de chasse, le record de France du 100 mètres (10’’02) qu’il a détenu quinze ans, jusqu’à ce que Ronald Pognon (9’’99) ne l’efface. Mais l’autre fait d’armes reste le record du monde du 4×100 mètres établi à Split en 1990 en compagnie de Bruno Marie-Rose, Max Morinière et Jean-Charles Trouabal (37’’79) « chipé » aux Américains.

Figurent également en bonne place des titres de champions de France, champion d’Europe (4×100 Helsinki, 1994), vice-champion d’Europe (Split, 1990, derrière Linford Christie) pour un total de 33 sélections en équipe de France.

Entré dans la vie active chez Adidas, il rentre au pays, à la mairie de Saint-Paul dans un premier temps, dans le privé ensuite, avant d’être appelé par la municipalité dionysienne, avec DionySports puis l’OMS. Daniel Sangouma est également chargé du volet sponsoring à l’occasion du meeting d’athlétisme international. Rencontre avec celui qui a ouvert la voie pour beaucoup d’autres athlètes…

Daniel Sangouma, qu’est-ce qui a le plus d’importance à vos yeux, la médaille olympique ou le record du monde ?

Une médaille olympique, ça ne se remplace pas pour un record, fût-il magnifique. Les jeux Olympiques, c’est un événement planétaire, déjà, en 1988. Le rassemblement de toutes les nations sous la bannière olympique. Ce sont des moments inoubliables.

« On pouvait encore faire mieux »

Cela veut-il dire que votre record du monde vous laisse sur votre faim ?

Oui et non. Non parce qu’on l’a établi en battant celui des Américains qui étaient tous sous les 10 secondes alors que chez nous personne n’avait franchi cette barrière. Ça veut dire qu’on avait battu les meilleurs. Et oui, parce que ce relais, techniquement, nous a vraiment laissé un goût d’inachevé. On avait eu tous le sentiment de faire mieux, de pouvoir le battre tout de suite après et de nous inscrire encore plus dans l’histoire de l’athlétisme mondial.

Cela ne s’est plus produit ?

Un an plus tard, on court à nouveau un relais dans un temps canon, à 15 centièmes de notre record, alors que deux d’entre nous n’étaient vraiment pas au top. Cela veut dire qu’on pouvait flirter avec les 37 secondes.

Quel a été votre sentiment à l’arrivée de ce relais de Split en 1990 ?

Bizarrement un immense sentiment de soulagement. On se sent vidé, certes, mais étrangement serein. De se dire qu’on n’a pas travaillé pendant toutes ces années pour rien, que le travail paye, que nos quatre qualités individuelles additionnées peuvent donner quelque chose d’immense.

« Il faut être hyper pointilleux »

A quoi compareriez-vous un relais 4×100 mètres ?

A une partition musicale jouée par un virtuose. Où chaque note compte, chaque mouvement doit s’enchaîner dans une parfaite harmonie. La moindre fausse note, la moindre déconcentration peuvent coûter très cher. Il faut être hyper pointilleux car tout ce qui n’est pas prévu dans l’exécution de l’œuvre peuvent l’anéantir. Et nous également, on doit viser l’excellence.

Comment jugez-vous la nouvelle génération de sprinters, Vicaut ou autres ?

Avec le recul et l’analyse de l’entraînement auquel nous avons été soumis, je crois que nous étions très en retard en matière de soins, de diététique et de récupération. C’est ce qui fait la différence à mon avis entre ma génération et la nouvelle génération. Ça n’est pas comparable. Je me soumettais par exemple à des séances de musculation sans pratiquement me permettre de récupérer convenablement. Egalement, je pense que les jeunes, actuellement, se voient arriver très vite, trop vite…

Cela veut-il signifier que vous éprouvez des regrets de n’avoir peut-être pas accompli la carrière dont vous rêviez ?

Je n’ai aucun regret. Ce qui est fait est fait, il n’y a pas à revenir dessus. Nous faisons tous des erreurs, il faut passer à autre chose et ne plus y penser. Je suis très fier de ce que j’ai accompli. C’est pas mal, non ?

Propos recueillis par Jean Baptiste Cadet
Photo: Pierre MARCHAL
LÉGENDE : 54 ans, directeur de l’OMS de Saint-Denis, co-recordman du monde du 4×100 mètres (37’’79)

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Installé à la Réunion depuis 28 ans. Après avoir exercé onze ans comme journaliste au Quotidien de la Réunion, puis fondateur d’une agence photographique MozaikImages regroupant 95 auteurs dans l’océan Indien mais aussi au Japon et en Australie, Pierre Marchal a opté en 2005 pour une activité free lance lui permettant de se consacrer à son sujet de prédilection : l’être humain.

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